Jardin de pierres

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Fêtes et anniversaires, un rituel vital pour l'humanité ?

A la question toute simple : comment vous appelez-vous ? si je réponds monsieur Wenders, que je le veuille ou non, je proclame mon appartenance au groupe, je dis que je ne suis qu'un des membres de la famille Wenders. Ce qui est beaucoup dire, car un seul de mes 4 grands-parents porte ce nom, un seul de mes 8 arrière-grands-parents. Ma tribu Wenders comprend aussi des Curtiz, des Scott, des Duras, Capra, Ray, Resnais et beaucoup d'autres noms que je ne connais pas. Sans parler de ma famille cachée, du côté Fellini, j'évoque, c'est tout. Monsieur Wenders est quelqu'un parmi d'autres, ce qui compte, ce n'est même pas la famille, c'est le nom, la marque, le label.

Si à la question je réponds Jaume, je proclame mon individualité, je dis que je suis un être humain irréductible à un autre, même si quelqu'un d'autre s'appelle Jaume. Quand j'entends ces sonorités, qui m'interpellent, j'ai le sentiment qu'on s'adresse à moi ou qu'on parle de moi. Dans les sonorités de mon prénom, j'existe, moi et moi seul. Il est vrai que mes parents ne m'ont pas donné le prénom de mon grand-père ou d'un frère disparu, qui pourrait me rappeler toute ma vie que je ne suis jamais que le souvenir de quelqu'un d'autre.

Quand on s'intéresse à la date de naissance, de laquelle on pourra déduire son âge, c'est la position de la personne dans son temps de vie qui est interrogée : bébé, enfant, adolescent, jeune adulte, personne dans la force de l'âge, d'un certain âge ou âgée ? Bien que la réponse devienne évidente en présence de l'autre.

En tant qu'être humain, j'existe dans le regard des autres. Si des membres de ma famille ou des amis fêtent mon prénom (ma fête), pendant ce moment privilégié j'existe pleinement. On s'intéresse à moi personnellement et uniquement à moi.

Lorsqu'on fête mon anniversaire, on me rappelle mon âge et je suis confronté à mon temps de vie écoulé, ce qui pour certaines personne peut apporter tristesse ou nostalgie lorsqu'elles voient la vie passer trop vite. En même temps, cette piqure de rappel me semble salutaire, plutôt que foncer dans le brouillard, les yeux grands fermés, et se retrouver dans le trou avant d'avoir eu le temps de réaliser ce qui se passe : la vie passe. Ou plutôt : ma vie passe, qu'est-ce qui est vraiment important pour moi, maintenant, à mon âge ?

Peu importe si on reçoit ou non des cadeaux, peu importe que votre prénom soit d'origine religieuse ou non, il me semble important de fêter le prénom et la date de naissance de nos proches, car le rituel des fêtes et anniversaires confirme chacun de nous dans son existence d'être humain. Pour l'intéressé, c'est l'occasion deux fois par an de se réjouir d'être vivant, en compagnie des autres. Vous bouderiez ce plaisir, vous ?

Civilisations disparues

L'émission de ce soir sera entièrement consacrée par le pape de l'astronomie archéologique, à la découverte sensationnelle d'une civilisation disparue. Sans plus attendre rejoignons notre correspondante à l'observatoire du désert d'Atacama au Chili : Bonsoir Siboule, il ne fait pas trop froid là-haut à 5000m d'altitude ?

Ah Blousie bonsoir, vous êtes là, ici à La Palma, îles Canaries, la mer est super bonne et les filles...

Oui Siboule, vos observations sidérales ?

Je vous entends Blousie, sidérée je suis. Alors professeur France Marcelle Llez, expliquez-nous votre découverte.

Eh bien, chère amie, voici le message que j'ai capté et transcrit en données corrigées des variations cosmiques, écoutez attentivement :

zenfants ... patri-i-e ... de gloire ... tyrani-e ... dard sanglant ... pagnes ... mugir ... égorger ... pagnes ... auxzaaaaaaarmes ... bataillons ... sans gain pur ... 6 ions

Fantastique professeur, on comprend tout. Et cette civilisation disparue il y a 2 ou 3 millions d'années, vous pouvez nous en dire quelque chose ?

En effet, très chère. Pour mieux saisir le gouffre qui nous sépare des auteurs de cette musique étrange, sachez que sur Terre, nous évoquerions une culture de l'âge de fer, les Hittites, Hallstatt.

Très émouvant, merci professeur, à vous le studio.

C'était Siboule en direct de quelque part, allez savoir. Bien pressée ce soir. Ce curieux message extra-terrestre aurait mérité quelques précisions, Pour accompagner votre perplexité, voilà une musique datant au choix, de 1866, 1968, 2001. Et ce n'est pas ce que vous croyez.

Eboulis pour la nuit, faites de beaux rêves.

L'illusoire identité familiale

Mais qu'est-ce que tu racontes mon pauvre Jaume ? Jaume Wenders ou Jaume Fellini, en quoi ce que tu viens d'apprendre de la vie des morts change ta personnalité, ta culture, tes compétences ? Il me semble que ce problème ontologique est plutôt nominaliste : impossible de savoir si les pères sont bien les pères, impossible de reconstituer les véritables filiations.

Cependant, si on ne peut pas dire la généalogie réelle, si le nom de famille est un gros mensonge, pour l'idée qu'on se fait de soi-même que changent les bugs dans la mémoire familiale ? Notre personnalité dépend-elle de ce qu'ont vécu ou pas nos ancêtres ? Notre place dans la famille dépend-elle de notre nom de famille ? Tous les membres d'une même famille portent-ils tous le même nom ?

Au lieu d'interroger les fantômes de ton cinéma des familles, à la recherche de je ne sais quelle identité, tu pourrais continuer de t'intéresser à la vie réelle autour de toi, à chacune de tes soeurs, chaque cousin cousine, et même si certains sont morts à présent, ton père, ta mère, chaque oncle, tante, grand-père, grand-mère, ceux que tu as connu.

La société a changé. La famille traditionnelle au nom du père a vécu. Les familles réelles se recomposent au gré des mariages ou vies en couple, des divorces ou séparations. Ne pourrions-nous pas accepter la famille telle qu'elle s'est construite avant, se transforme avec nous et se métamorphose après ? Une famille qui ne dit pas tout, une famille ambigüe, plus ou moins élargie, une famille diversifiée avec des célibataires (des gens qui vivent seul, dans certains cas des prêtres, des moines, des religieuses), avec des gens mariés ou en couple sans enfant, d'autres avec un ou plusieurs enfants. Mais aussi une famille recomposée, avec des gens séparés, divorcés, remariés ou pas, qui vivent en couple avec enfants de pères et mères différents, papa maman, papa papa, maman maman.

Dans une société qui a évolué, c'est quoi la famille en 2013 ? C'est quoi une famille quand plusieurs personnes ont une vision différente de la même famille, quand sa propre perception change au cours du temps ? Pour chacun de nous la question ne se pose-t-elle pas de notre lien aux autres ?

Tu dis Ma vraie famille n'existe pas, alors Jaume, trouveras-tu une place dans ton cinéma des familles ?

La sainte famille au nom du père et les généalogies trompeuses

Jusqu'à cet instant... ayant ouvert ce tiroir, découvert cette enveloppe, regardé ce qu'elle contenait, submergé d'une émotion soudaine, d'une brutale confusion mentale... jusque là j'étais moi, Jaume, Jaume Wenders...

C'était plusieurs années après le décès de ma mère, Thérèse. Je n'avais jamais eu l'idée de faire le ménage de son secrétaire, un meuble de famille installé à présent dans mon bureau. Manque de curiosité ? Crainte obscure ? Oserais-je dire prémonition ?

Jusqu'à cet instant où ma vie a chancelé, j'avais toujours cru ce que disait ma grand-mère paternelle, Margot Duras, divorcée de Donald Fellini quand elle a épousé mon grand-père Siméon. En réalité...

Margot se souvient de ce grand amour de Venise dans les canaux déserts. Le labyrinthe des ruelles obscures, les passages secrets, les chambres dérobées, violence des corps et jeux du sexe. Ce plaisir frappé d'interdit, parenthèse effrontée au coeur de la banalité, émotion, excitation, ivresse, Margot se livre aux jeux sensuels de son grand baiseur, comme elle dira plus tard.

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Margot et Siméon logeaient pour les vacances dans la même pension que Donald et Christina. Etait-ce un pur hasard, comme aurait dit ma grand-mère ? Margot Duras et Donald Fellini firent connaissance, tombèrent amoureux, et ma grand-mère, enceinte de quelqu'un d'autre que son mari, a écrit au dos de la photographie : Gondolier de mon coeur, mon amour à Venise, qui s'en fut par les eaux bleus du Grand Canal jusqu'à la mer des soupirs. Ce qui laisse supposer que Donald l'a quittée dès leur retour d'Italie, ou plus tard peut-être en apprenant la nouvelle de sa paternité, allez savoir. Dans sa lettre à son fils, mais l'a-t-il lue ? Margot a écrit qu'elle n'a jamais connu un tel bonheur et que mon père en est le fruit.

Mon père. Tout de suite, souriant bêtement, je n'ai rien compris. Mais ce n'est pas tout.

Histoire brève, conte de fées, Vivian est retombé dans les bras de son ancien amant. Couple qui se défait, accord tacite, tandis que Pierre Rohmer baratinait les jeunes filles à la plage, son épouse Vivian Hawks passait les nuits à boire et s'endetter au Casino. C'est là, dans la fumée des cigarettes, entre 2 verres de whisky, qu'elle a retrouvé Rick Curtiz. Par hasard. Il ne lui a pas pardonné de l'avoir largué. Ils se reniflent, provocation, reproches, attirance irrépressible. Emportées dans une danse d'amour fou, les marionnettes de leur rêve déçu. Ainsi Gaspard n'est pas le fils de Pierre Rohmer comme je le croyais, mais le fils de mon grand-père maternel.

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Ainsi j'appris la liaison extra conjugale de Rick Curtiz et de Vivian Hawks qui a fait de Gaspard non pas un Rohmer mais un Curtiz, ainsi que son fils Jean-Louis et ses 3 petites filles, Gaspard demi-frère de ma mère. Ainsi je finis par comprendre que Donald Fellini n'était pas le premier mari de Margot, mais l'époux de Christina Egoyan et que Donald étant le père de Raymond, c'est mon véritable grand-père ! Voilà les secrets de famille qui m'ont explosé à la figure, quand j'ai ouvert cette enveloppe contenant des reliques du passé de mes parents. Margot Duras a menti toute sa vie et mon père n'a jamais révélé que, de ce côté de la généalogie, la famille Wenders s'arrête à Siméon, que lui Raymond appartient à une autre famille, comme moi et mes 2 soeurs, moi Jaume Fellini baptisé Wenders.

Diable, quelle famille ! Tous ces gens comme moi qui croient appartenir à une branche, alors qu'ils sont d'une autre famille. Et ces familles qui ne connaissent pas leurs enfants et petits enfants.

Je trouve amusant finalement comment la famille se recompose, bien au-delà des divorces et remariages. On rêve sa vie, on change de vie, ne serait-ce que l'espace d'une soirée, de quelques jours. De cette sortie temporaire du quotidien, il arrive que naisse un enfant. Cet enfant trouve sa place quelque part, dans une famille parmi d'autres. La famille est vivante, changeante, surprenante. Pourquoi vouloir figer ce qui bouge? Pourquoi un musée familial à la place du cinéma des familles ? Toute généalogie est une mythologie. La famille au nom du père une tromperie.

La découverte des secrets de famille, du côté de la mère de mon père et du côté du père de ma mère, m'a ouvert les yeux : non seulement il y a 2 mensonges dans la généalogie, mais celle-ci est devenue suspecte dans sa totalité. Mon véritable grand-père Donald Fellini n'est peut-être pas plus Fellini que moi Wenders. Et si je peux m'interroger sur chacun de mes ancêtres, ça veut dire que ma vraie famille est insaisissable, ma vraie famille n'existe pas !

Alors je m'interroge : Moi Jaume, pas Wenders et peut-être Fellini ou peut-être pas, est-ce que j'existe réellement ? Je m'interroge sérieusement sur mon essence et mon existence.

Qu'en dis-tu Sophie ?

Vingt-et-un, du rassemblement

Comme on s'arrête de travailler le jour de la fête du travail, pourquoi ne fêterions-nous pas la lumière au moment où il y en a le moins, au solstice d'hiver le 21 décembre ? Nos projets s'enracinant dans le terreau de nos expériences, ce serait fêter une fin de période et le début d'une autre. Ce serait prendre le temps de respirer, de ralentir, de se calmer, un temps de réflexion précédant nos actions à venir.

Cadeaux de Noël, chocolats de Pâques, fleurs de la Toussaint, congé du 15 Août, du jeudi de l'Ascension, de Pentecôte, en quoi ce cinéma nous concerne-t-il ? Comment comprenez-vous cela, à notre époque, un père Noël, une vierge Marie et tous les saints. Un père et pas de mère, une vierge assomptionniste depuis 1950. Que les juifs fêtent Pourim, les musulmans l'Aïd el Kébir, les protestants St Nicolas et les catholiques Noël, je comprends, c'est bien pour les enfants, mais nous autres citoyennes et citoyens d'une France laïque, qui ne sommes pas croyants, sommes-nous réduits à fêter le premier janvier, le premier mai, le 14 juillet et nos anniversaires ? Vous me direz que nous pouvons nous consoler avec la fête de la musique et les journées du patrimoine. Certes.

Si nous laissons les religieux fêter leurs fêtes, comment pourrions-nous fêter notre modernité sans religiosité ? Vous allez me dire que je suis sotte de croire au Père Noël, eh bien pas du tout, pas plus qu'à la Mère Pâques et à la Trinité. Juste une petite idée de calendrier en 7 fêtes et jours de congé :

Nouvel An le 1e janvier (congés le 31 et le 1e) : convivialité et échange de cadeaux pour encourager le changement individuel et collectif.

Fête de l'Humanité le 1e mai : droit de tout être humain, non pas à un travail, mais à un revenu, permettant de se loger, de se nourrir, de s'habiller, droit à la santé, à l'éducation, à la culture, ne serait-ce qu'un accès Internet. S'il a un travail rémunéré, ces revenus supplémentaires viennent améliorer son niveau de vie. Dans tous les cas, en tout pays, le revenu minimum est au moins égal au revenu le plus élevé divisé par 96 (Nations Unies, débrouillez-vous et faites preuve d'imagination pour réparer les injustices et sauver les sociétés de la destruction et du pillage !). Une fête de l'Humanité en remplacement de la fête du Travail (commémorant la journée de 8 heures, 1941-48) et de la journée internationale des droits de l'homme (le 10 décembre 1948, depuis 1950).

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Vingt et un, notre Terre qui êtes aussi...
Collage décembre 2012, Jacques Bouchut

Journée de l'Europe le 9 mai (depuis 1985) : une Europe unique du rassemblement, une Europe de la multiplicité, diversité des régions et des populations.

Fête de la Terre le 5 juin (balades, randonnées... du 5 au 9), respect de l'environnement et de la vie : en remplacement de la journée mondiale de l'Environnement (le 5 juin, depuis 1972), de la journée internationale de la Biodiversité (le 22 mai, depuis 2000) et de la fête de la Nature (5 jours en mai, depuis 2006, international).

Fête de la Musique le 21 juin (depuis 1982, mondial).

Fête de la Culture le 3e week-end de septembre, en remplacement des journées européennes du patrimoine (fin août à début novembre, depuis 1991 - portes ouvertes des monuments historiques depuis 1984 en France).

Fête de la Lumière le 21 décembre, temps de repos, de réflexion sur l'année écoulée et celle qui vient.

Et je précise que les jours de fête tombant un jour férié sont évidemment récupérés en congés supplémentaires. Ah mais, tout de même...

Douze, de la dispersion

Quand je retourne dans mon passé en pensant à mes amis d'enfance, la bande des 12, on jouait à cache-cache-nuit à la Pointe de l'Est jusqu'aux 12 coups de minuit, sans souci des conséquences, l'un de nous comptait jusqu'à 12, c'est pas beaucoup, juste le temps de courir dans le champ de la ferme aux 11 cochons, si je me souviens bien, ou peut-être la ferme des 13 dindons, c'était juste après les foins, je me souviens, on se cachait dans les meules, pas dans la grange, non, il m'arrive de penser que la vie aurait été complètement différente s'il n'y avait pas eu ce terrible accident, différente comment ? je ne sais pas, évidemment, mais si c'était à refaire… c'est vrai quand j'y pense, comment savoir ce qu'il aurait fallu faire ou ne pas faire ? après c'est facile à dire, mais non, sur le coup ça ne marche pas comme ça, on ignore les conséquences de nos actes, dans l'instant on suit la logique du moment, on joue le jeu, on suit nos intuitions, on réagit à l'émotion, c'est comme ça, après on voudrait bien revenir en arrière, comprendre ce qui s'est passé, modifier, changer, on voudrait recommencer, si j'avais su j'aurais agi autrement, j'aurais fait un autre choix, mais quoi ? tout se mélange dans mes souvenirs, dispersion, je ne me souviens plus, trou de mémoire.

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Douze, le jeu du soir - collage novembre 2012, Jacques Bouchut

Rêve ou souvenirs, parfois je me dis que j'ai créé ce monde, qu'il n'existe que dans mon esprit, éclaté en multiples moments contradictoires, curieux mélange de séquences de films et de reconstructions de la mémoire, quand je retourne dans mon passé et que je repense à James Gilliam et à Cora Mann, j'entends cette musique obsédante d'Astor Piazzolla, et je me dis que Cora aurait pu mourir dans l'incendie si James ne l'avait pas tirée des flammes, asphyxiée par la fumée elle s'était évanouie dans la grange en feu, sans lui... et pourquoi lui, justement, cela m'a toujours étonné que James, de 12 ans plus âgé que moi, soit venu se joindre à nous ce jour-là, courant dans les bois, grimpant aux arbres, jouant comme s'il était redevenu un enfant, et heureusement, quand j'y pense, Cora serait morte s'il n'avait pas été là, précisément ce soir-là, le soir de l'incendie, que s'est-il passé ? je ne me rappelle plus, c'est loin tout ça, si c'était à refaire, je ne sais même pas ce qu'il aurait fallu faire ou ne pas faire pour éviter ce drame, nous étions douze et à présent que sont-ils devenus, cette fille d'émigrés russes sauvée par le grand James et tous les autres ? curieusement c'est le dernier des mots qui me vient à l'esprit, douze.

Civilisation bande au Néon

Eboulis nuit, fréquence phare, bonsoir.

Passé complètement inaperçu, le prix de l'Académie du Journalisme Combattant a été attribué, à la grande surprise de tous les commentateurs, à Civilisation bande au Néon. Afin de réparer cette distraction, nous allons déroger à notre Charte Puce éthique le direct c'est esthétique. Voici donc, en différé d'Amsterdam, notre correspondante :

Bonsoir Siboule. Pouvez-vous nous apporter quelques précisions...

Tout-à-fait Blousie et bonsoir à tous les noctamboulis. Surprise surprise, le prix Terre de Lumière a été attribué cette année à Civilisation Néon. J'ai un vieux monsieur à côté de moi, très charmant : Monsieur le Grand Académiste, vous n'avez pas peur à notre époque de passer pour un épouvantail tellement vous êtes sûr de vos certitudes ? Que dites-vous à ceux qui vous le reprochent ?

Taisez-vous ! Vous ne savez pas de quoi vous parlez, on n'a pas le choix, il n'y a pas d'autre solution, il faut continuer comme avant dans le respect du règlement.

Et voilà ce que proclament les académistes avant de disparaître. Parce que le monde change de toute façon. Et vous Néon, quelles sont vos émotions avec ce prix ?

Disons que je reste rationnel, stoïque et scientifique.

Justement, vous dites de votre blog qu'il s’est constitué sur la base de la revendication du rationalisme et contre tous les obscurantismes, quels qu’ils soient.

Absolument.

Ce qui n'empêche pas les échanges musclés. A combattre l'enfumage, comme vous dites, n'avez vous pas peur d'être aveuglés et de tomber dans la lutte idéologique et scientiste ?

Disons que les plus « tolérants », on les trouve, au contraire, parmi des bobos écolo-libertaires soi-disant « de gauche » qui ne croient pas devoir se renseigner sur ce qu’ils considèrent de toutes façons comme l’exercice légitime d’une liberté individuelle.

Euh... vous faites allusion à vos positions anti religieuses et contre l'Islam en particulier. Mais alors que faites-vous de l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme: Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.

Merci de me le rappeler, la Ciboulette, disons que la tolérance ne peut aller jusqu’à accepter des doctrines totalitaires qui avancent masquées en jouant sur l’ignorance des gens.

C'est scientifique ça, mon petit Néon ?

Disons que les civilisations, les cultures ne se valent pas. Prétendre le contraire, c’est refuser le progrès humain et social.

Comme vous y allez, civilisations, progrès, détendez-vous ... Les vieux anticléricaux du début du 20e siècle sont-ils de retour ?

Pour ta gouverne je t’apprendrais que les vieux anticléricaux n’ont pas de leçon à apprendre de toi car tu vis dans une société libre de l’oppression religieuse grâce à leur combat et non pas grâce à tes états d’âme.

Jetez-vous au ruisseau les états d'âme de Diderot, de Voltaire ou de Rousseau ?

Nous vivons aujourd’hui et les inégalités, la ségrégation et le fascisme sont à combattre aujourd’hui. Comprendre c’est accepter et encourager l’obscurantisme.

Curieusement, mon petit Néon, vos appels répétés à la haine ne visent que l'islam. Silence radio, vous allez rire, en ce qui concerne Hiroshima et Nagasaki : condamnez-vous les scientifiques et la science pour ce petit dérèglement de la civilisation occidentale ? Où sont les billets va-en-guerre contre l'intégrisme catholique en France ou protestant aux Etats-Unis ? Où sont les billets sur le racisme et la xénophobie en France et en Europe ? Et où encore, Ouh là là, les articles sur les dérives de la finance mondiale, sur la responsabilité de Goldman Sachs dans la crise européenne actuelle, sur les ravages des pesticides en l'agriculture, Monsanto par exemple, sur les dérives de certains labos pharmaceutiques, bref sur la délinquance et la criminalité de notre époque... Mais mais mais, disait la Huppe, restez avec nous monsieur Néon... Ah ben non, il a foutu le camp dans le néant !... En direct de Bornéo, c'était Siboule, et je répète : Siboule. Avec la bande au Néon, reçue ce soir par les Académistes. A vous le studio.

Siboule, merci.

Pourquoi tant de haine, voilà qui laisse rêveur. On se demande quel objectif poursuivent ces gens bien pensant, partant en guerre contre l'Islam, bien évidemment responsable du désastre économique dans lequel l'Occident a plongé le monde entier.

Pour finir sur une note bleu nuit, voici un feu de Bengale à vous faire tourner la tête : Arrive un fou joyeux, qui sème le désordre dans la ville... Euh... je crois que nous avons un problème de liaison avec le Bengale... Voici plutôt Tin pagoler hoilo mela...

Ménestrels mystiques vivant en milieu rural au Bangladesh et au Bengale occidental (Inde), les Baul ne s'identifient à aucune religion organisée, ignorent le système des castes, n'ont ni dieux, ni temples, ni lieux sacrés particuliers.

Eboulis pour la nuit, faites de beaux rêves.

Escalade à mains nues et sans les dents

Eboulis nuit, fréquence phare, bonsoir.

Depuis 30 ans que dure ce délire médiatique, il est temps d'interroger le principal intéressé, maintenant qu'il est passé de l'autre côté. Notre correspondante est justement à La Palud dans le Verdon, Siboule vous m'entendez ?

Yes. Oh ces mites !... Blousie, ici ça craint, Bon Patrick, vous êtes sûr que je suis bien assurée ?

Ligotée comme un ver à soie dans son cocon, vous n'avez rien à craindre : engagement zéro.

Alors Patrick, dites-nous, quand avez-vous tombé les gants de boxe, mais pas le short, pour grimper à mains nues ?

Vous savez, ça glisse au pays des merveilles, alors on utilise le sac à pof. Et sans les gants, c'est nettement plus pratique pour plonger la main. 1979 et dans les années 80 comme je m'en souviens.

Sans crampons ni piolet, quand on escalade en solo, comme vous Patrick, est-ce qu'on se sent libre comme l'air qu'on respire, comme les oiseaux un jour d'été ensoleillé dans les Calanques, comme un poisson rouge dans l'eau d'une mare sans histoire, comme...

Croyez-moi Siboule je vous assure...

J'y compte bien Patrick, parce que là tout-de-suite, j'ai un peu le vertige, ça gaze sévère là-dessous, Ouh là là... ça balance...

... le solo c'est très dangereux, c'est ta vie qui est en jeu. Engagement total, concentration de chaque instant. Pas question de voler.

En solitaire, vous n'êtes pas libre alors ? Quel dommage, un beau blond comme vous.

On essaye d'être le plus esthétique possible. En libre il y a la corde en cas de vol. En solo on est libre sans assurance.

Comment ça Patrick, vous n'êtes pas assuré à la MAIF, j'arrive pas à y croire. Mais alors on peut vraiment dire qu'un escaladeur tient la vie au bout des doigts.

Un grimpeur ça grimpe, vous comprenez Siboule, ça passe sa vie entre 8a et 9b, ou bien ça laisse tomber. C'est une vie complètement Vertical, pieds et doigts liés. C'est de la folie.

Ah Blousie, c'est pas moi qui l'ai dit, mais je confirme : ici au Verdon, c'est de la folie. Je ne reste pas une minute de plus, à vous le studio.

Siboule merci pour cette interview exclusive, on peut vous féliciter pour cet exploit.

Une page se tourne de cette révolution jouée sur les falaises dans les années 1980, puis en haute montagne. Une page de plus. Portés par des rêves fous de légèreté et de rapidité, des garçons et des filles libéraient une à une les plus prestigieuses des voies des anciens, ceux qui avaient fait l'histoire de l'alpinisme en créant les premiers itinéraires artificiels du bas jusqu'au sommet, dans les Dolomites, dans les Alpes et dans d'autres montagnes du monde.

Eboulis pour la nuit, faites de beaux rêves.

La mer et les îles

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Le jardin d'enfance baigne dans une couleur étrange ce matin. Je dis baigne parce que je pense à la mer et les îles. Les petits monstres sont tous là, au pied de cette montagne, vertigineuse et sombre, qui m'attire, je ne sais pas pourquoi.

J'entends Dormor me dire Dépasse tes craintes, viens dans le jardin d'enfance, qu'est-ce qu'il y a de mal, après tout ? Ipodanlo me conseille en même temps Laisse tomber, il n'y a rien à voir, c'est juste un gros caillou. Navigavu également Qu'est-ce que tu attends, jette-toi à l'eau, part à l'aventure. Ils parlent tous en même temps, cependant je les entends distinctement. Ils me parlent tous, sauf Kaakiri. Et je pense Kaa qui rit. Le monstre de la Parole reste silencieux. Mauvais signe.

Pourtant, d'un pas hésitant j'entre dans la mer de cailloux orangés et me dirige vers l'île au trésor. Au trésor, ça me fait rire. Alors que je marche d'un pas plus assuré, aucune crainte de se noyer, une idée bizarre me vient à l'esprit : je suis au volant d'une voiture et je regarde dans le vide les mains sur le volant. Badh, c'est moi, Badh posa les mains sur le volant de sa voiture...

Les monstres du jardin d'enfance

Quel drôle d'endroit ! Il semble que ce soit un jardin de pierres. Je dis jardin de pierres alors que, curieusement, je pense jardin d'enfance. Plus étrange encore, ces petits monstres de pierres parlent dans ma tête. Je dis dans ma tête pour me rassurer. En fait, leur voix étrange vient du jardin d'enfance. Ils m'interpellent à tour de rôle en fonction des circonstances :

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Moi, Dormor, monstre de l'Est à 3 heures, je suis le gardien du jardin d'enfance. Apprivoise tes peurs, prends garde à toi et aux autres, sois vigilant, interprète les signaux d'alarme, défends-toi, anticipe.

Moi, Kaakiri, monstre du Sud à 5 heures, je suis le gardien du jardin d'enfance. Parle, dis quelque chose, explique, raconte, proteste, conteste, exprime tes émotions, tes sentiments, tes pensées, tes jugements.

Moi, Ipodanlo, monstre de l'Ouest à 9 heures, je suis le gardien du jardin d'enfance. Paresse et inaction, du calme, prends du recul, laisse faire, prends ton temps, change-toi les idées, laisse aller, arrête de parler dans le vide, laisse tomber, tu verras bien plus tard.

Moi, Navigavu, monstre du Nord à 11 heures, je suis le gardien du jardin d'enfance. Passe à l'action, tout de suite, lance-toi à l'eau, entreprends, construis, modifie, répare, détruis, recommence, explore, découvre.

Alors que je m'éloigne du jardin de pierres, il me semble que, toutes ces années, de curieux monologues contradictoires guidaient mes choix improvisés. Des petits monstres turbulents m'accompagnent quand l'horloge de mes rêves tourbillonne au gré du vent. Les heures s'envolent dans la nuit. Toutes ces années ont passé avec, enfoui quelque part dans ma mémoire, un jardin d'enfance.

A suivre...

Le monstre de l'Action

Gardiens du jardin d'enfance, nous sommes. Navigavu au Nord, je suis le monstre de l'Action.

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Alors Prune, tu n'as donc rien d'autre à faire que te tourner les pouces ? Tu crois qu'il suffit de penser dans la vie pour avancer, réfléchir, méditer et tout le tra la la, mais que c'est que ça ? Ah non, Prune, les paresseux comme toi, je n'en fais qu'une bouchée ! Remue-toi, sacré mille milliards de non de non, oublie toutes tes idées à la con et passe à l'action !

Mais c'est qu'il est mollasson ce garçon. Heureusement que je suis là pour le réveiller. Il croit quoi ? que la vie passe en rêve, le corbeau et le renard, la cigale et la fourmi, on se prélasse le matin, on fait la sieste l'après-midi et on passe la soirée à rigoler avant d'aller dormir ?

Non, non et non, ce qu'il te faut mon garçon, c'est de l'action ! Assez de réflexion, plus de philosophie, on se lance dans la bagarre, on construit, on démolit, on recommence en suivant de nouvelles pistes, on répare, on consolide, on résout des problèmes, on trouve des solutions.

A suivre...

La 11e heure et le jardin de pierres

Le jour le plus surprenant fut celui où je me suis perdu. J'étais sorti me balader pour me détendre un peu après une journée particulièrement stressante. Et je me suis perdu dans un coin de forêt que je connais pourtant par coeur. Soudain, je me retrouvais chez moi, devant l'horloge des vents, qui indiquait, de manière absurde, 11 heures.

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Le temps de sortir de ma perplexité, je fus propulsé dans un jardin de pierres. Je me retournais pour voir qui m'avait poussé aussi brutalement : personne !

A suivre...

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