Jardin de pierres

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Je vous livre mes personnages

A l'occasion de la publication de mon livre pour enfants Alfrèdo Cortex et la croix d'Agadez, je vous présente mes personnages de livres.

Ils sont tous là, remarquable !... On dirait une remise des prix, bravo on applaudit.

e_agadez.jpg

Et voici Alfrèdo le magnifique avec sa copine Mélodie, leur copain Mamadou.

Ils ont vécu une aventure policière au Sénégal : très chaud. Il y a aussi Gros Dindon et Perroquet, Oncle Taxi, monsieur Tsong, Mr Sy, Moussa, Aminata, Ibrahima, etc...

e_kevin_pompei.jpg

Voici les personnages d'un autre livre pour enfants, Kévin à Pompéi.

Kévin, sa petite soeur Karine. Kévin se retrouve par magie esclave dans une maison romaine de Pompéi, le jour où le Vésuve se réveilla. Il fait la connaissance d'Alexandra, esclave comme lui, de Souvlakis et Moussakas, les cuisiniers, Olympiacos, Aselina, Marcus Lucrétius, etc...

e_abracadir.jpg

Et voici Imer et Cloune, 2 personnages d'Abracadir.

En vacances chez ses grands-parents, Brazil et Pégo, Imer rencontre une petite fille aveugle avec qui il découvre que chacun des 7 angles de la propriété correspond à un livre. Les 7 livres, publiés entre 1726 et 1990, sont symbolisés par les Iles, la Montagne, l'Eau, la Forêt, la Peur, le Temps, la Parole. Imer suit ainsi un parcours d'apprentissage qui lui permettra, avec l'aide de Nairobi, le leonberg de son oncle, de vaincre ses peurs et de passer de l'enfance à l'adolescence.

e_brunon.jpg

Brunon est un conte fantastique qui a réveillé un merveilleux texte écolo écrit par ma mère : Brunon, le dernier ours des Bauges. Et voici le narrateur du premier conte et Nounours, un ours en peluche.

Mes 2 personnages entraînent le lecteur, la lectrice, vers un deuxième texte, qui raconte la disparition des derniers ours du massif des Bauges à la fin du 19e siècle.

e_jicook_jokico.jpg - e_jardin_enfance.jpg

Et voici maintenant Jicook et Jokico, ainsi que Prune et ses 4 monstres du Jardin d'enfance (Dormor, Kaakiri, Ipodanlo, Navigavu), tous personnages du blog Jardin de pierres. Les billets du blog ont été remis dans l'ordre chronologique et publiés en 2 livres numériques.

e_monde.jpg

Enfin, voici les personnages du livre De l'autre côté du monde : Vous, d'un côté du monde (le bon côté) et Moi (le narrateur), tout seul de l'autre côté.

Vous lectrice, vous lecteur, êtes invités à passer de l'autre côté du monde, en abandonnant momentanément le livre, pour aller naviguer sur le web à la découverte de quelques billets étrangers (publiés par d'autres auteurs que Jacques Bouchut).

A présent, le Je du titre du billet Je vous livre mes personnages précise qu'il est l'auteur des livres et du blog.

Le passage du roman (imprimé) à la fiction numérique, implique une réflexion sur la création littéraire, à laquelle je participe à ma façon sur mon blog Feuilles d'automne, partageant également quelques textes avec ceux et celles que cela intéresse.

Pour Noël et Nouvel an, achetez traditionnel et local ancestral

Chers noctamboulis et très chères qui nous rejoignez pour cette soirée de fin d'année, nous vous avons préparé une émission aux petits oignons glacés pour que vous puissiez passer les fêtes traditionnelles de vos rêves ancestraux.

Sans plus attendre, nous entamons notre nuit blanche en Périgord Noir : Siboule y êtes-vous ? m'entendez-vous ?...

Ah Blousie, ici c'est de la folie sur le marché de Saoû. Les gens sont venus de loin, en maillot de bain, pour attraper le saumon de la Drôme. Bonsoir madame, pour Eboulis nuit, d'où venez-vous ?

Bonsoir, j'arrive de Brest. Vous comprenez, mon mari et moi nous en avions raz de marée du foie gras du Finistère : plus aucun mystère, alors qu'ici on s'amuse comme des fous. Des années qu'on rêve de saumon au Picodon.

Vous avez entendu, pendant que les Bretons achètent local du foie gras, les Drômois achètent local du saumon. A vous le studio.

Je vois. Mais dites-nous Siboule, comment font les gens du Sud-ouest pour acheter autre chose que...

Aucun problème, Blousie, justement me voici sur le marché de nuit de Colmar. Eh bien vous n'allez pas me croire : les Alsaciens achètent local des bourriches d'huîtres du Rhin. Je vous recommande les Claires de Guebwiller et les Marraines Grand Ballon, dé-li-cieuses !

Vous entendez, chers noctamboulis et très chères, c'est pas croyable tous ces Français qui achètent des produits locaux pour faire la fête. Alors dépêchez-vous, il ne vous reste plus que quelques heures pour vos derniers achats locaux traditionnels ancestraux.

Attendez, Blousie, ce n'est pas fini, vous n'êtes pas au bout de vos surprises : ici à St Lô, les Normands font le plein de bon chocolat bien de chez nous, fabriqué avec du cacao de St Malo. A vous le studio.

Pour que nos auditeurs et auditrices soient précisément informés et informées, je rectifie : la ville de St Malo étant située en Bretagne, les locaux de St Malo achèteront du foie gras et se passeront de chocolat ou l'inverse, en leur âme et conscience. Pour plus de précisions encore, notons que les gens concernés achèteront, sur leur marché de proximité, du café de Côte d'Armor, du thé des Pyrénées, des bananes d'Orange, des ananas de Provence, de la vanille de Nice Côte d'Azur, du whisky du Jura, du rhum d'Ile de France.

Psiiiiit !... Blousie : des noix de Grenoble, des olives de Nyons, de la clairette de Die, peu cher, et les fauchés de la société iront sur le Pont d'Avignon danser tous sans ronds (TGV gratuit entre 2 heures et 5 heures du matin).

Les noctamboulis auront bien entendu votre accent provençal, Siboule, et chanter les cigales. Mais, mais, mais, pas question de boire du champagne hors région de Reims ! Et, s'il n'y a pas de vignes dans votre région, vous boirez, selon possibilité locale, du jus de pomme, de poire, d'abricot, de cerise ou de l'eau de source (locale). Ainsi soit-il.

Ah encore une question : Siboule, éclairez notre lanterne magique, s'il vous plaît, comment fait-on avec le citron ?

Vous voulez dire le citron avec le poisson, les fruits de terre et les fruits de mer, les crustacées, les cétacés...

Oui, oui, Siboule, passez...

Alors justement, vous tombez bien, je suis sur le tarmac de Roissy, à Paris, Blousie, la ville lumière qui illumine le monde dans la nuit noire....

Siboule...

Oui, bon... Help, madame monsieur, please, where are you going just now ?

Nous prenons l'avion, comme vous pouvez le constater.

Prenez, prenez, mais où vous emporte-t-elle votre avion ?

Ah ! je vois, bien sûr : nous allons en Inde, chère madame qui êtes si jolie.

Merci, merci. Et pourquoi donc convolez-vous en Inde ?

Pour passer un bon réveillon. A cause des citrons, des oranges, des ananas. Le thé pour mon épouse et pour moi le café. Je vous recommande. L'an passé nous étions en Indonésie pour le cacao, le thé et le café.

echange_fete.jpg
Echange, fête et change, collage décembre 2013, Jacques Bouchut

Vous entendez, Blousie, en France, il n'y a rien du tout. Moi je suis pour le libre échange, vous savez, la chaleur humaine. En direct d'Heathrow, je note qu'il reste encore des places sur les vols en partance pour Bombay et Jakarta. C'était Siboule en escale à Londres UK, à vous le studio.

Voilà, c'est noté, changeons, échangeons. Ici ou là ou ailleurs si vous partez, passez de bonnes fêtes de fin d'année à rigoler, vous régaler des produits du marché.

Eboulis pour la nuit, faites de beaux rêves.

Les vrais humains du monde enchanté

Il était une fois de vrais humains, bien réels dans le monde enchanté.

Leo cherche Mimi et Anita dit : désintégrés de la société, jeunes diplômés sans métier, vieux travailleurs sans travail, travailleuses du sexe, nous sommes de véritables personnes,
programmés ouvriers
salariés peu payés
chômeurs de longue durée
immigrés clandestins
nous sommes roms à tout faire
des exclus de la Terre
exploités sans fin.

Il était une fois un monde, pillé, gaspillé, devenu cendres, rions, si trouille n'avez.

Enfant rêveur, Henri dit ici :
Arrêtez vos mensonges.
Vie de misère en Terre
n'y a-t-il donc rien à faire ?
Belle réveillez-vous
Rouge mangez les loups
Charmant hors du songe.

Ils sont rouges
elles sont belles
ils sont charmants
et ne croient plus
aux contes de fées.

Il était une fois sept nains malins et quatre mousquetaires qui ne pouvaient plus se taire. Les 11 mercenaires de l'humanitaire, partent en guerre contre le nucléaire, contre l'économie totale et solitaire.
Et voici Charmant
prince de lumière.
12 révoltés
contre le trafic
d'humanité.

Belle se réveille.
Les 13 voleurs
baba s'allient
Alice et tombe
la reine de coeur.
Gulliver et ses chevaux
Crochet en mer
tremble de peur.

monde_enchante.jpg
Un monde enchanté, collage, décembre 2013, Jacques Bouchut

Il était une fois de vrais humains,
la main dans la main,
noire et blanche,
c'est une chance
pour les rêveurs
d'un monde en couleurs.

Désenchantés
on ne croit plus
aux contes de fées.

Il était une fois 11:12:13:14:15...

Grosse colère

Trop c'est trop, cette fois ça suffit avec le Maghreb islamique.

J'en ai par-dessus la tête de la rhétorique des journaux télé à longueur de journée. Quand on entend ce qu'on entend, tout le temps, on se demande si, à la télé, il y a une personne sensée qui écoute. Qui entend ce que cela dit, Maghreb islamique, comment ça diffuse la peur, ça infuse la haine dans la société.

mise_au_point_4.jpg
Mise au point 4, Jacques Bouchut, février 1978

Non seulement ces mots balancés dans la poubelle médiatique font la pub du terrorisme et du banditisme, confortent les idées (si on peut dire) d'extrême-droite, mais en plus, quand on pense à ce que coûte chaque seconde télé, faire de la pub gratuite aux heures de grande écoute est un gaspillage intolérable en période de dette et de mondialisation. Je proteste.

Islamique, islamiste, islam, musulman... toute la sainte journée, associés au terrorisme, au banditisme, est-ce ça fait rêvasser des cancres au fond de la classe, qui se sentent un peu nostalgiques ? Pour qui ça évoque :
- la lessive blanc de blanc qui lave plus blanc ?
- la messe catholique du dimanche en latin ?
- noce feras-tu la nuit d'Halloween ?
- les araignées carnivores, les rats dégoûts croque-morts, les serpents à sornettes ?

Personne ne se souvient donc des cours d'histoire au lycée ? L'Inquisition chasse aux sorcières.

Grosse colère.

Maghreb islamique, ça sonne bien, on en a plein la bouche, ça fascine, assassine aussi.

Avant de s'offusquer quand ce discours revient brutalement dans la bouche d'un pauvre idiot, d'une pauvre idiote, avant de censurer, de condamner, de réduire en bouillie la liberté d'expression, car c'est de cela dont il est question, il faudrait peut-être s'interroger sur ces discours banalisés, à la télé, dans la société, prononcés par des gens sans histoire, tranquilles, bien citoyens et tout et tout, ces discours qui disent la haine, même si on ne s'en rend pas compte, même si on ne l'entend pas tout de suite. C'est la suite, justement qui risque de poser problème. Qui a déjà posé problème dans le passé, quand des voyous prennent le pouvoir.

Biodiversité, tourisme et déconsommation

Eboulis nuit, fréquence phare, bonsoir.

Alors que la polémique sur le loup fait rage à quelques mois des élections municipales, un événement est passé complètement inaperçu : tout de suite notre correspondante à Zermatt, Siboule vous m'entendez ?

- Tout-à-fait Blousie, je vous entends et, croyez-moi, c'est étonnant : nous passons actuellement sous la banquise avec le Nautilus. Mon cher Commandant Cousteau, que pensez-vous de la réintroduction réussie du tigre aux dents de sabre dans les Alpes ?

- Ma chère Giboule, enfin une bonne nouvelle pour la biodiversité. Par pitié, qu'on nous casse plus les oreilles avec le loup et l'agneau. Comme vous le savez, toute ma vie en mer du fond des océans, j'ai hurlé en faveur d'un monde du silence.

- Dites capitaine, ces craquements au-dessus de nous, ça ne risque rien ? Et ces glou-glous, on dirait un bouillonnement radioactif de centrale nucléaire en feu.

- Rassurez-vous, ces craquements c'est juste le réchauffement climatique qui disloque la banquise.

- Je ne vous dis pas la trouille. Siboule, en direct du Nautilus, à vous le studio.

Après ce scoop formidable, nous aimerions avoir la position des éleveurs. Siboule ?... Vous n'avez pas été mangée par un ours polaire, j'espère ?

- Oui, non, Blousie, que des gens adorables ici à la Coopérative laitière de Beaufort. Monsieur le directeur, que pensez-vous de la réintroduction en Beaufortain du...

- Le tigre aux dents de sabre est une véritable bénédiction en ces temps de crise : c'est excellent pour le tourisme et pour la déconsommation. D'une part, les vacanciers ne veulent pas être réveillés de bon matin par les sonnailles et les beuglements des vaches : ils sont en vacances et nous offrons aux citadins le calme reposant de la nature. D'autre part il y a trop de lait, trop de fromage, toutes ces matières grasses animales, c'est pas bon pour la santé. Il faut dé-con-som-mer.

- Vous voulez dire, monsieur le directeur, que le tigre va faire le ménage dans les troupeaux ?

- Exactement comme le loup. Depuis qu'il n'y a plus un mouton dans la vallée des Merveilles, le taux de remplissage des hôtels, gîtes et chambres d'hôtes a été multiplié par 24 entre Noël et le jour de l'an.

- Trop de moutons, trop de vaches, ce n'est peut-être pas le point de vue des éleveurs et des bergers. Voilà, je me déplace un petit peu plus haut, il fait bon respirer l'air pur des montagnes. Vous entendez les sonnailles des tarines alpines ? Eh oh monsieur, ouh ouh, le tigre aux dents de sabre ne va-t-il pas compliquer notablement votre travail ?

- Ah mais pas du tout, ma petite dame d'en bas. Quand on voit ce qu'on voit et qu'on entend ce qu'on entend, on fait comme on a dit, on se téléphone pas.

- Vous pouvez préciser ?

- Plus besoin de descendre jusqu'à Albertville pour transporter les bêtes malades et les vieilles vaches aux abattoirs.

- Très commode en effet, cependant le tigre, comme le loup, n'a pas de prédateur.

- Mais nous, en haut, on a des chasseurs, hihihi...

- C'était Siboule en direct de la vallée des Chapieux, à vous le studio.

En attendant le monde du silence des agneaux et des veaux, nos auditeurs semblent perplexes si j'en crois le dernier sondage smartphonique d'éboulis nuit. Siboule, pourriez-vous allumer notre éclairage public ? Avec le réchauffement climatique, l'avenir du tigre aux dents de sabre n'est-il pas menacé ? Siboule ?

- Alors là, Blousie, pas du tout. Je posais justement la question aux meilleurs glaciologues de la planète réunis en congrès à Grenoble. Voici un chercheur Groenlandais : c'est inouï, cher professeur...

- Incroyable, vous voulez dire. L'arrivée de cet animal de l'âge de glace est une bonne nouvelle pour l'environnement : le recul des glaciers des Alpes est déjà stoppé. Quand les glaçons arriveront à Marseille par la vallée du Rhône, il n'y aura plus qu'à les pousser à travers la Méditerranée et l'Atlantique jusqu'au Groenland où nous pourrons reconstituer des icebergs et de la banquise en kit. C'est très bon pour l'économie groenlandaise.

- Voilà, nous avons fait le tour de la question sur la réintroduction du tigre aux dents de sabre dans les Alpes. C'était Siboule en direct du Cervin d'où on peut voir loin. Il n'est pas près de monter jusqu'ici c't animal. A vous le studio.

Nous terminons cette émission sur la note joyeusement optimiste de notre correspondante à travers le monde.

Eboulis pour la nuit, faites de beaux rêves.

Les intermitants nomades du rêve éveillé

On dirait que mes personnages reviennent en pleine forme. Sophie avec une humeur carnassière. Et je vois également arriver Siboule et Blousie encore plus éboulés que par le passé.

En fait, ils reviennent d'où ? ces passeurs de frontières du rêve, ces colporteurs de mauvaises aventures, ces camelots des mots, ces conteurs de remise à zéro.

Ils vont ils viennent, ils disparaissent, ils font ce qu'ils veulent ces petits emmerdeurs, moi ça me dépasse.

Sophie : Les jolies colonies de vacances, merci papa, merci maman - Météo à la mi octobre : beau temps ciel clair, orageux à couvert

Siboule et Blousie : Biodiversité, tourisme et déconsommation

Les jolies colonies de vacances, merci papa, merci maman

pub_renault-1.jpg

Montre l'avenir, mon fils, à ce pauvre type sur son bateau préhistorique.

Tandis que le père tourne le dos au paysage de rêve et au passé symbolisé par le pêcheur, la mère et la fille baissent humblement les yeux dans une gratitude de prière à la Sainte Vierge.

Le mari et père, avocat friqué, tout droit descendu de The good wife, a emmené sa petite famille au bout du monde dans sa Renault Scénic. Jusque là, au bord de la rivière, on ne peut pas mieux faire.

pub-renault.jpg

A la gloire de l'homme blanc occidental maître du monde et de la technologie, une pub à l'humour néocolonial, parue dans Télérama n°3327 du 19 au 25 octobre 2013.

Météo à la mi octobre : beau temps ciel clair, orageux à couvert

Si on n'avait pas France 2, il faudrait l'inventer tellement c'est drôle. Journal de la mi-journée, le 14 octobre : Quand on a une voix comme ça, qui est un don du ciel... Le 15 octobre, plat emblématique de la semaine du goût : le cassoulet ! Certes, un bon cassoulet avec un bon vin vieux, c'est bon. Voilà, c'est dit. C'est tout : c'est bon. Comme la France éternelle, cher pays de mon enfance. La tradition, le bon goût. Quand vous avez dit c'est bon, comme vous ne savez plus quoi dire vous évoquez des souvenirs.

Pourtant, depuis au moins une vingtaine d'années, des cuisiniers inventifs, hommes et femmes, nous font découvrir de nouvelles saveurs, des viticulteurs créatifs, femmes et hommes, nous proposent des vins aux arômes extraordinaires. Et à l'occasion de la semaine du goût, la télé nous parle de quoi ?

Le cassoulet de ma grand-mère. C'est pas un don du ciel, ça ?

ciel_nuages.jpg

Au fait, c'est quoi le ciel à notre époque ? J'aimerais bien m'intégrer, moi aussi, puisqu'à notre époque être française ne suffit plus. Alors, le ciel, vous avez une idée ? Et nous resterons sur la terre qui est quelquefois si jolie.

Le goût. C'est bon, c'est pas bon, j'aime (clic), j'aime pas, c'est un peu court jeune homme, jeune fille, vous ne trouvez pas ? C'est sûr, on ne risque pas de s'engueuler en disant ce qu'on pense. Même pas la peine d'envoyer un SMS : clic j'aime.

Alors pour ceux et celles qui ont toujours envie de causer, d'échanger, de s'exprimer avec des mots et des pensées, pas juste des émotions fugitives, voici : Riesling 2010 Rot Murlé, zéro sulfite ajouté. Couleur jaune soutenu. Nez élégant et complexe d'écorce de pamplemousse, de pierre calcaire, de pêche et de fleurs blanches. Bouche riche et tendue aux saveurs de fruits jaunes, d'agrumes confits, de compote de rhubarbe et de pêche. Finale très longue avec des touches salines et minérales. A déguster longuement pour apprécier les différentes séquences aromatiques et gustatives. A servir à 12°C, par exemple avec un poisson en sauce riche et relevée. C'est un vin d'Alsace en biodynamie, Pierre Frick (Chantal, Jean-Pierre et Thomas).

Je vous aurais bien parlé aussi d'un Coteaux du Layon, Catherine et Philippe Delesvaux, également en biodynamie, au bouquet aromatique intense, riche et complexe, mais il y a des petits malins et des petites coquines qui vont objecter (à tord) que je n'aime que le blanc et que ça ne vaut pas... un bon cassoulet.

Voilà, comme je suis menacée d'expulsion je n'en dirai pas plus pour le moment. D'autant que ma situation est très précaire, je ne sais rien de mes origines : les francs, ils viennent d'où déjà ? Et les euros ?

Quand des vérités sont dévoilées sur le cinéma des familles et les généalogies cinéphiles

Voilà. Jaume est parti et n'est pas revenu. Les autres personnages non plus. Mais lui, je comprends. Imaginez un acteur qui travaille ses rôles, multiplie les films et rien. Aucun succès. On peut comprendre que l'acteur déprime. Ou pire encore, mais ça je n'ose même pas l'envisager : mon Jaume suicidé ? vous n'y pensez pas.

Voilà pourquoi il est temps de dévoiler des vérités bonnes à savoir, même si elles ne changeront pas le cours de l'histoire. Mon Jaume (c'est tout de même l'un de mes personnages) a été l'acteur consciencieux d'un jeu cinéphile : à travers ses généalogies cinéphiles et son cinéma des familles, de billet en billet, il a caché des acteurs de cinéma et des films.

mise_au_point_3.jpg
Mise au point 3, Jacques Bouchut, février 1978

Sa vaste généalogie est un répertoire de réalisateurs (les noms de famille) et de personnages de film (les prénoms) qu'il a rapprochés créant de curieuses familles. Atmosphère, atmosphère, son cinéma des familles fournit des pistes en révélant la personnalité de chaque personnage.

Billets cinéphiles du cinéma des familles :

- La sainte famille au nom du père et les généalogies trompeuses

- Douze, de la dispersion

- L'étrange histoire des 3 soeurs Kieslowski

- Comme au cinéma

- Amour, divorce et consolation

Si le jeu vous intéresse, essayez de deviner le titre du film et le nom des acteurs. Amusez-vous également à découvrir les curieux rapprochements (mariages et les filiations) que Jaume a inventés dans ses généalogies cinéphiles.

Si vous laissez un commentaire, je répondrais à vos propositions. Sinon, c'est pas grave : je me suis bien amusé à construire ce lego cinéphile. Mais bon, pensez à ce pauvre Jaume. Il aimerait bien savoir s'il a fait l'idiot tout seul au beau milieu d'une place vide où s'il a quelques spectateurs et quelques admiratrices tombées sous le charme de sa magie.

Une musique singulière, ockhamiste et oulipienne

Comme chacun le sait, dans une bonne chorale, hors la soliste qui est la seule à se faire remarquer, aucune voix ne domine. L'ensemble doit être harmonieux. Vous dégustez un plat de cuisine classique où les arômes fondent en bouche en un goût unique, sublime, bref, vous faites éternellement la même expérience de l'équilibre parfait, hérité de la Grèce antique. Pythagore, Apollon. Vous n'êtes pas chez Pierre Gagnaire ou Feran Adria.

Maintenant, vous êtes dans cette église abbatiale avec un écho pas possible, mais que va-t-il advenir de ce concert ? Lumières colorées sur le choeur, gothique. Les choristes arrivent, chantent. Ils ne sont que 12, vous comptez 8 garçons (haute-contre inclus) et 4 filles. Pourtant, la musique de Josquin des Prés emplit l'espace avec une puissance inattendue et...

vous entendez précisément chaque voix. Chacun des choristes affirme son chant dans un ensemble ockhamiste, qui par moment fond en murmure comme glace en bouche. Vous n'en revenez pas : alors on a le droit de chantez fort comme la soliste ? Tous chantent en solo.

Afin de percer ce mystère insondable, vous balayez le choeur d'une oreille attentive, basse, autre basse, baryton, l'autre baryton dirigeant l'ensemble vous tourne le dos, difficile de distinguer sa voix, ténor, autre ténor, contre-ténor, mezzo-soprano, soprano, sa voisine, et sa voisine, haute-contre. Et vous passez de l'un ou l'une à l'autre (ceux qui chantent, évidemment).

C'est alors qu'à force de regarder l'une des soprani droit dans les oreilles, vous avez pris sa place et vous chantez. Et tout soudain la voix vous manque : pour je ne sais quelle raison, vous avez perdu le fil. Oh c'est très bref et vous tendez l'oreille à gauche, à droite. Horreur, impossible de récupérer la ligne mélodique, chacune de vos voisines chante autre chose que ce que vous chantiez. Dans cette musique diabolique, chaque ligne musicale est différente !

singulier.jpg
Une musique singulière, gribouillages mai 2011, Jacques Bouchut

Evidemment, dès que j'en eus la possibilité après le concert, j'ai foncé sur ma tablette tactile connectée en permanence sur la planète et j'ai découvert, non sans surprise, qu'à partir de l'école franco-flamande (mais en fait depuis l'Ars nova de Guillaume de Machaut), la polyphonie s'invente en contrepoint (lignes musicales note contre note) et non point harmonique (suite d'accords).

La polyphonie s'invente là en lignes musicales singulières, tissant une musique qui semble aller de soi, toute simple, on écouterait des heures avec un regard angélique perdu dans les nuages. Pourtant c'est une musique virtuose d'une complexité incroyable, à faire pâlir l'Oulipien le plus rigoriste.

C'était Josquin & Ferrare, concert à St Antoine l'abbaye, par Métamorphoses et Biscantor, sous la direction de Maurice Bourbon. Vous pouvez écouter 2 extraits de l'enregistrement de 2012.

Vous pouvez vous procurer les enregistrements. Cependant, pour écouter-voir, rien ne vaut le concert. Tiens, j'en frissonne encore.

C'est pas croyable une époque pareille, mais où on va ?

Tiens donc, mes personnages ont encore foutu le camp. Et pourtant, par ce temps de froidure infernale, ce n'est pas encore l'été, les vacances, la plage, le soleil, la mer. Voilà pourquoi, justement : ils préfèrent s'éclipser pendant qu'il est encore temps, pendant qu'ils en ont les moyens. Les minimas, devrais-je dire, n'est-ce pas ? Ou avant la tempête, peut-être ?

Ou tout simplement, les vacances, la plage, le soleil, la mer sont devenus un concept complètement ringard, obsolète. Les vacances, qu'est-ce que ça veut dire à notre époque ? Des vacances pour qui ? Bon Sophie, tu t'y colles pour la rentrée. La rentrée. Mais c'est quoi la rentrée ? La sortie vous voulez dire, sortie de crise, assortie de sottises, tous ces beaux académismes, rigueur, croissance, reprise, il va falloir les repriser ces bas, parce que cet été hiver, on en aura besoin.

Prune, Siboule, Jaume, Sophie, Blousie, personne ? Non mais ce n'est pas croyable, alors on travaille à billet fermé ? Par ici la sortie ? Et comment je vais gagner ma vie, petits monstres, s'il n'y a plus personne pour faire le boulot à ma place ? Personne. J'en étais sûr.

C'est pour ça que j'avais anticipé : j'ai publié mes zibouques. Ce qui, entre nous, est complètement idiot, car dans la France de 2013, qui peut (oui : can) lire un livre numérique ? On connait le machin phone, l'Inter net et les zimeilles, et puis ? la tablette de chocolat. Universitaires, journalistes, tous ceux qui sont censés (aucun doute là-dessus) nous faire comprendre le temps présent, à défaut de l'avenir, personne ne sait comment on ouvre ces trucs bizarres, les zibouques. Les bouquins, ça va, le papier on connaît, les bouquies c'est le bouquet !

Mais bon, dans une époque suicidaire il n'y a pas de honte à publier des ebooks, iBooks, livres électroniques, numériques. Après tout, ce sont des livres.

monde.jpg

Alors voilà, je vous le dis en ce dimanche de présomption, j'ai publié mes premiers livres. Jicook et Jokico (tous mes billets Jardin de pierres, dans l'ordre). Jardin d'enfance (pareil). Et aussi un inédit blogueur : De l'autre côté de monde. Ne cherchez pas dans les archives, aucun billet ne trouverez. C'est un zibouque cent pour cent innovant (yes I did it), textes, images et liens. Ni livre papier, ni blog, c'est un livre tout simplement.

Et ne me dites pas : ça se lit comment votre truc ? parce que d'une part vous aurez l'air tartouille, d'autre part c'est tout expliqué, niveau école primaire, sur TAMBAO, le site de l'éditeur.

Mais pourquoi je raconte tout ça ? Allez savoir. Ah oui ! c'était ma campagne de communication, plan médias. Sans interview de l'auteur, parce que mes personnages ont foutu le camp : plus de Siboule ni de Blousie, comment voulez vous que je passe sur Eboulis nuit ?

C'est pas croyable !

Fêtes et anniversaires, un rituel vital pour l'humanité ?

A la question toute simple : comment vous appelez-vous ? si je réponds monsieur Wenders, que je le veuille ou non, je proclame mon appartenance au groupe, je dis que je ne suis qu'un des membres de la famille Wenders. Ce qui est beaucoup dire, car un seul de mes 4 grands-parents porte ce nom, un seul de mes 8 arrière-grands-parents. Ma tribu Wenders comprend aussi des Curtiz, des Scott, des Duras, Capra, Ray, Resnais et beaucoup d'autres noms que je ne connais pas. Sans parler de ma famille cachée, du côté Fellini, j'évoque, c'est tout. Monsieur Wenders est quelqu'un parmi d'autres, ce qui compte, ce n'est même pas la famille, c'est le nom, la marque, le label.

Si à la question je réponds Jaume, je proclame mon individualité, je dis que je suis un être humain irréductible à un autre, même si quelqu'un d'autre s'appelle Jaume. Quand j'entends ces sonorités, qui m'interpellent, j'ai le sentiment qu'on s'adresse à moi ou qu'on parle de moi. Dans les sonorités de mon prénom, j'existe, moi et moi seul. Il est vrai que mes parents ne m'ont pas donné le prénom de mon grand-père ou d'un frère disparu, qui pourrait me rappeler toute ma vie que je ne suis jamais que le souvenir de quelqu'un d'autre.

Quand on s'intéresse à la date de naissance, de laquelle on pourra déduire son âge, c'est la position de la personne dans son temps de vie qui est interrogée : bébé, enfant, adolescent, jeune adulte, personne dans la force de l'âge, d'un certain âge ou âgée ? Bien que la réponse devienne évidente en présence de l'autre.

En tant qu'être humain, j'existe dans le regard des autres. Si des membres de ma famille ou des amis fêtent mon prénom (ma fête), pendant ce moment privilégié j'existe pleinement. On s'intéresse à moi personnellement et uniquement à moi.

Lorsqu'on fête mon anniversaire, on me rappelle mon âge et je suis confronté à mon temps de vie écoulé, ce qui pour certaines personne peut apporter tristesse ou nostalgie lorsqu'elles voient la vie passer trop vite. En même temps, cette piqure de rappel me semble salutaire, plutôt que foncer dans le brouillard, les yeux grands fermés, et se retrouver dans le trou avant d'avoir eu le temps de réaliser ce qui se passe : la vie passe. Ou plutôt : ma vie passe, qu'est-ce qui est vraiment important pour moi, maintenant, à mon âge ?

Peu importe si on reçoit ou non des cadeaux, peu importe que votre prénom soit d'origine religieuse ou non, il me semble important de fêter le prénom et la date de naissance de nos proches, car le rituel des fêtes et anniversaires confirme chacun de nous dans son existence d'être humain. Pour l'intéressé, c'est l'occasion deux fois par an de se réjouir d'être vivant, en compagnie des autres. Vous bouderiez ce plaisir, vous ?

- page 1 de 8