Jardin de pierres

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Les blancs là, mon... vieux, ils sont trop méchants

Eboulis nuit, fréquence phare, bonsoir.

Alors que les étudiants en colère bloquent l'Europe, une nouvelle catastrophe se profile à l'horizon des sombres forêts d'Afrique : les planteurs refusent d'expédier leur fèves de cacao dans les pays Rue cabosse, comme ils disent. En direct de Côte d'Ivoire, notre correspondante : Dites-nous Siboule, qu'est-ce qui se passe avec le cacao ?

Ah Blousie, ici à Dakar c'est de la folie, il fait une chaleur... je ne vous dis pas. Même dans la piscine du Téranga, face à l'île aux esclaves... Juste à côté de moi au bar, le premier ministre ivoirien en exil me confiait à l'instant, que disiez-vous au juste ?

Hé ! ce n'est pas juste ! Les blancs là, ils sont trop méchants dans les pays Rue Cabosse : pourquoi ils ne s'occupent pas de leurs parents dans la rue ? pourquoi ils n'arrêtent pas la maltraite de leurs enfants sans abri ? Tous ces gens là, sans maison, sans considération, c'est pas raison.

Alors pour protester contre la misère des pays industrialisés, plus de chocolat, c'est ça ? Vous mesurez l'impact d'une telle décision sur les marchés ?

Pas de commerce équitable avec des sauvages, donc plus de chocolat noir sur les marchés. Plus d'ananas, plus de café, plus... rien ! Voilà, c'est ça l'humanité africaine : on respecte ses parents et on protège ses enfants. Nous n'allons pas laisser mourir de froid et de faim l'humain parti d'Afrique aux temps anciens.

C'était Siboule en direct des champs de Cotonou, à vous le studio.

A Londres et à New York, la main invisible du marché tremble : embargo total sur le cacao. D'un commun accord, c'est incroyable, tous les petits producteurs de Côte d'Ivoire, du Ghana, d'Indonésie, du Nigeria, du Cameroun, du Brésil, d'Equateur et d'ailleurs ont bloqué leurs exportations vers l'Europe et les Etats-Unis. Seuls les chinois ont droit au chocolat. Pour l'instant les marchés affolés n'ont pas encore réagi, et la classe politique dans son ensemble reste sans voix. Nous apprenons à l'instant que la bourse de Zurich a dégringolé à son plus bas niveau et la Confédération helvétique a décidé une journée de deuil national dans tous les cantons.

fete_3.jpg
Joyeuses fêtes – collage décembre 2011, Jacques Bouchut

Mais nous rejoignons notre correspondante...

Ah Blousie, ici sur le pont d'Avignon les gens dansent tous en ronds. Bouououh !... monsieur le directeur de l'INRA, danser avec vous c'est de la folie. Alors, vous avez une idée...

Mais oui ma chérie, nous avions mené des recherches fructueuses sur l'implantation de plantations de cacaoyers en forêt de Brocéliande. Comme vous vous en doutez, la Bretagne possède un climat tout-à-fait remarquable.

Et alors ? Et alors ?

Nous avons tout abandonné en 2009, quand Merlin Gérin a disjoncté et a migré chez Schneider, nous coupant l'électricité, les vivres et le couvert. C'est une perte immense pour la production française de chocolat.

Et pendant ce temps, vous vous en doutez bien, les gens crèvent de faim, de froid et d'inexistence, dans nos rues, dans nos villes et dans nos coeurs d'homo sapiens.

Eboulis pour la nuit, faites de beaux rêves.

Les couleurs sales de notre sale époque

Eboulis nuit, fréquence phare, bonsoir.

Tout de suite, des nouvelles des manifs : les étudiants du programme européen Erasmus, en stage de langue pacifique aux îles du désappointement (Tuamotu), viennent de reconduire, en AG sur la grève, le blocage des transports dans toute l'Union européenne. Est-ce que vous confirmez, Siboule ?

Effectivement, Blousie, ici à Hammerfest, un soir de réveillon vous vous rendez compte ? il n'y a plus aucun métro, ni bateau, ni bus, ni train, ni rien. Sur le tarmac de l'aéroport international, tous les avions sont cloués au sol. Seule solution pour aller boire un coup et manger des smørbrøds au saumon de l'Atlantique : les attelages de caribou importés du Canada. Comme vous le savez, tous les rennes ont été décimés par les nuages sombres de Tchernobyl et Fukushima.

Siboule merci, ici, le studio. Nous rappelons aux noctamboulis qui nous écoutent que les étudiants en colère protestent contre l'invasion planétaire de la palette bureautique Windows, qui, selon eux, a complètement pollué les imprimés et les marchés.

Tout-à-fait, Blousie, je suis au Musée d'Art moderne de New York, avec le président du syndicat étudiant La vie ça bouge, ça remue, ça vous bouscule dans tous les sens : En un mot, que proposez-vous ?

sale_3.jpg
Sale époque pour les bleus – collage décembre 2011, Jacques Bouchut

En un mot ? Nada ! Plus rien, nothing, silent way, end now, la fin de ce sale monde aux couleurs sales. Est-ce que vous réalisez tous ces imprimés que vous avez sous le nez, tous les jours ? Pubs, journaux, revues : bleus merdeux, pauvres mauves, verts d'enfer, ces associations mortelles de couleurs sales c'est à vomir un soir d'Halloween. Autant revenir à la grisaille bourge des années 1950, blouses grises, villes grises, morale hypocrite et bien pensante.

Alors, pour recolorer le monde, vous bloquez tout jusqu'à la fin des vacances d'hiver ?

Alors oui, pour une vie en couleurs, on bloque tous les transports en Europe jusqu'à la fin du monde. On est jeunes, vous savez.

A vous le studio.

Pour continuer cette soirée de réveillon sur une note colorée, dans quelques instants vous aurez la chance d'entendre le concert exceptionnel des Nocturnes de Chopin, en direct de Varsovie. Ah !... un communiqué de l'AFP tombe par terre à l'instant, voilà, je le ramasse : l'OMS vient d'annoncer qu'une grave pollution au bicarbonate d'Ohzut touche tous les marchés à la suite des fuites de gaz de schistes qui se sont combinés au dioxyde de carbone et à l'ozone résiduel. Les huîtres particulièrement sensibles à ce produit mortel pour les humains, sont impropres à la consommation et doivent absolument être jetées à la poubelle (tri des ordures ménagères : déchets toxiques non radioactifs, catégorie A). Le communiqué précise que l'entourage de toute personne ayant ouvert une huître doit appeler d'urgence le SAMU social. En direct de l'Elysée, j'appelle notre correspondante : Siboule bonsoir, pouvez-vous nous dire ce qui se passe ?

sale_2.jpg
Sale époque pour les rouges – collage décembre 2011, Jacques Bouchut

Ah Blousie, ici c'est de la folie : que du beau monde, des rois des reines, des princes et des princesses, et tout le gratin du détournement de biens public réuni dans le seul endroit au Monde où l'on peut manger des huîtres ! Toute la production de Ma Reine Oh les ronds a en effet été réquisitionnée par les services secrets. J'ai appris de source sûre que ces huîtres, qualité 100% française, ont été miraculeusement protégées des rejets massifs d'hydrocarbures accumulés en baie de Somme-toute au fil des marées noires.

Siboule... je vous coupe, ce sont les aléas de l'information. Les gens manifestent cette nuit en banlieue parisienne, à Berlin-sud et dans les faubourgs de Londres, à Buenos Aires et Acapulco, à Tokyo, Kyoto, Quito, Tonnerre de Brest et Bamako. Siboule vous m'entendez ?

Tout-à-fait Blousie, pas de panique, je gère la situation. Ici ça craint, tout le monde est dans la rue. Il neige sur Inverness, c'est ma-gni-fique ! toutes ces petites leds bleues dans les Nordmans de Norvège, c'est beau, et ces flocons comme des esprits dans la nuit...

Oui, Siboule, si vous nous expliquiez ce qui se passe autour de vous ?

Comme je viens de vous le dire, une foule incroyable manifeste, ici à Karachi, pour réclamer la fin du Monde : End-Now ! ... Bloo-dy-Word-No ! Les gens n'en peuvent plus. Vous comprenez : plus d'huître nulle part ! un soir de réveillon ! Un charmant jeune homme, très sexy, me confiait à l'instant : Les huîtres c'est la vie. Nous venons tous de l'océan. Nous sommes tous des mammifères marins.

Siboule, merci, ici le studio. Décidemment, les événements se bousculent et à minuit passé de 3 minutes au Cap de Bonne Espérance, je n'ose même pas vous souhaiter une bonne année 2012.

Eboulis pour la nuit, faites de beaux rêves.

Régalez-vous braves gens

Conte maliféérique pour temps d'après, par l'allumeur de rêves barbares

Grâce aux pubs et à leurs sales couleurs de notre temps, on peut voir la vraie nature de nos aliments. Mais la mort n'est pas à craindre, régalez-vous braves gens, c'est beau, c'est bon et c'est pas cher. Allumez vos bougies et faites vos prières.

regal.jpg
Régal gourmand - collage décembre 2011, Jacques Bouchut

Vous avez un petit poids sur l'estomac ? un léger mal au coeur ? une petite sueur ? Pas grave, juste une indigestion, vous passez l'année à gauche. A votre santé, mangez, dormez, et ....

beaux_reves.jpg
Fêtes de beaux rêves - collage décembre 2011, Jacques Bouchut

Conseil présocratique : quand vous reviendrez sur terre, pensez à boire de l'eau, à changer d'air et à vous tenir au chaud.

Fêtes lumineuses pour temps sombres

Il me semble que les 4 saisons, définies par la position de la Terre sur sa trajectoire autour du soleil, ne correspondent qu'approximativement à la réalité : A l'arrivée du printemps, le 20 mars, la nature est réveillée depuis longtemps la plupart du temps. Le début de l'été et de l'automne sont aussi peu significatifs. Pourtant, au fil du temps solstices et équinoxes ont marqué l'imaginaire.

solstice.jpg

Montagne magique au solstice d'hiver
Photo Marie Josèphe Moncorgé, 22/12/2011


Jusqu'au 16e siècle, les pays scandinaves, l'Islande et l'Italie ont fêté le solstice d'hiver avec Ste Lucie (Lux la lumière). Avant la chrétienté qui a longtemps préféré Pâques à Noël, les romains célébraient le solstice d'hiver (nuit la plus longue). Les Saturnales inversaient l'ordre des choses (comme Carnaval) et les esclaves jouissaient pour quelques jours d'une apparente liberté. Les celtes fêtaient Samain, le début de l'année et le début de la saison sombre.

Au théâtre et au cinéma, c'est seulement dans l'obscurité que la magie du spectacle peut se produire. Alors, le projecteur anime l'écran, le spot réveille l'acteur et vous plongez avec délices dans un monde parallèle. Ainsi, la nuit la plus longue, entre le 20 et le 23 décembre selon l'année, me semble hautement symbolique, en ces temps de retour en force de l'obscurantisme. Une Fête de la Lumière ce jour-là serait très métaphorique de l'énorme travail qui reste à faire, pour ceux qui rêvent encore d'une écologie de l'être humain, l'homme et la femme parmi les autres habitants de notre planète bleue.

fete_1.jpg

Fêtes lumineuses pour temps sombres
Gribouillages décembre 2011, Jacques Bouchut


Ensuite, j'ai beau chercher, je ne trouve pas de fête profane qui impose son calendrier. Mais je suis d'accord pour multiplier les fêtes arbitraires : fête du livre ouvert, fête de la musique enchantée, fête de la peinture et de l'architecture, fête de la danse endiablée, fête de la lune et des étoiles, fête de l'Europe philanthrope, fête de l'étrange étranger, fête de la mer et des poissons, fête du ciel des nuages et des oiseaux, fête de la forêt des mousses et des lichens, fête des montagnes enneigées, fête des lacs et des rivières, fête des glaces et des glaciers, fête de l'exquise banquise, fête de l'an nouveau.

Exactement, le rite convivial du nouvel an est non seulement très jouissif (pour ceux qui ont envie de se réjouir), mais il permet également d'entamer chaque année comme une nouvelle vie. Fêter le nouvel an est un acte symbolique puissant, qui augmente vos chances de changement (si vous avez envie de changer quelque chose dans vos mauvaises manières). C'est aussi une belle fête humaniste quand on aime la compagnie des autres.

Et Noël alors, et les enfants, et les cadeaux ? C'est vrai que (je crois que) échanger des cadeaux une fois par an, voir briller les yeux des enfants, c'est un plaisir qu'on aurait bien tort de sacrifier sur l'autel de Mars et Jupiter. D'autant qu'on peut faire de super cadeaux qui ne coûtent pas cher, juste d'y penser et de se donner le temps de les inventer.

Alors puisque nombreux sont les gourmands, et pas que les enfants, je propose de remplacer Noël par la fête de la gastronomie. Et pour augmenter les chances de réussite, je propose de profiter de l'été : le 14 juillet, en remplacement de cette fête nationaliste complètement obsolète. Ou plus convivial, pourquoi pas le jour le plus long, pour que ce soit encore plus rigolo ? Le 21 juin, début de l'été dans l'hémisphère nord. Et en avant la musique !

En attendant 2000 ans que le monde bouge, frères humains qui n'allez plus à la messe, bienvenue en Europe médiévale chrétienne : tout au long de l'année, vous fêtez la mort et la résurrection du Christ, sa montée au ciel, le Saint-Esprit, la Vierge Marie, les saints du paradis et pour finir la naissance du petit Jésus. Nombre de mariages et d'enterrements passent par l'église, même s'il faut aller chercher le curé en Afrique. Et comme au Moyen Age, vous avez de la chance si vous ne faites pas partie des miséreux abonnés aux jours maigres. Sacré recyclage.

Enfin, chacun est libre d'adopter le calendrier liturgique de sa communauté religieuse. Pour moi, c'est terminé depuis longtemps. Aucune pitié de vous pauvres, merci. Surtout si en plus vous ajoutez la fête des mères et des pères. Pas de cadeau non plus pour la fête du travail (d'accord pour les congés payés). Et quoi ? la fin de 2 guerres et la prise de la Bastille ? Vous avez le coeur endurci.

Musique de l’âme pour esprits vagabonds

free_1.jpg

Esprits vagabonds : la rencontre et les bisous
Gribouillages décembre 2011, Jacques Bouchut


Aujourd’hui, visiteur de ce jardin imaginaire, vous avez la chance de lire un billet à rallonge et d’écouter 2 Ayler pour la patience d’un seul.

Au cas, fort improbable, où écouter pendant 2 fois 8 mn vous semble impossible, vous êtes terriblement scotché(e) à notre époque et le choc émotionnel de l'audition risque d'être insupportable. Cependant vous pouvez regarder les gribouillages sans crainte. Vous pourrez également lire le texte plusieurs fois ou l’apprendre par cœur. Ou fermer les yeux et ouvrir votre cœur (option recommandée sans accusé de réception).

free_2.jpg

Esprits vagabonds : vérités contradictoires en liberté surveillée
Gribouillages décembre 2011, Jacques Bouchut


Aujourd’hui, pourquoi Albert Ayler plutôt qu’un autre ? Parce que 30 ans plus tard, on a oublié l’étiquette Free Jazz et la musique d’Ayler est une musique de l’âme, tout simplement éblouissante. Elle vous emporte, comme la musique mandingue à sa façon ou le blues, comme un train de nuit dans l’espace de vos rêves. Autant John Coltrane vous donne la chair de poule avec ses variations extrêmement complexes, autant Albert Ayler vous touche avec ses thèmes d’une grande simplicité.

free_3.jpg

Esprits vagabonds : singularités fusionnelles
Gribouillages décembre 2011, Jacques Bouchut


Juste avant de mourir à 34 ans, il nous a laissé un témoignage exceptionnel le 27 juillet 1970 à St Paul de Vence, lors des Nuits De La Fondation Maeght (disque Shandar SR 10 004).

Spiritual reunion, Albert Ayler 1970

Le thème de sa Rencontre spirituelle est hyper simple. Le saxo joue avec les échos en vagues du piano, sur les rappels à l’ordre de la batterie. Puis cette réunion mystique dégénère en hurlements stridents, comme si les âmes finissaient malgré tout par griller en enfer. Quelques unes doivent tout de même en réchapper, à écouter ces variations superbes au piano, sur tapotis de batterie. Juste avant le retour du saxo, venu dire une dernière prière peut-être.

Truth is marching in, Albert Ayler, 1970

Pour écrire sa Vérité en marche, Albert Ayler va chercher dans son enfance 2 mélodies très simples. Le jeu commence tranquille, comme on jouait à la marelle dans la cour de l’école. Un jeu tout bête, chacun à son tour. Mais inéluctablement la bagarre éclate. Entre garçons bien sûr, les filles ne sont pas si nulles : elles ne cherchent pas la Vérité avec des gants de boxe ou un fusil mitrailleur.

La Vérité d’Ayler ne comprend que 2 thèmes. Imaginez le chaos avec 3 ou 4 mélodies, ou pire, 7 ou 8 vérités incompatibles, comme par exemple le communisme, le capitalisme, la déconsommation, l’économie libérale, l’écologie alternative, la théocratie islamique, le bouddhisme démocratique, le néochristianisme planétaire…

Si vous voulez prolonger le plaisir de cette musique de l'âme...

Droits d'auteur

Vous créez des personnages pour raconter des histoires et vous croyez que vous allez pouvoir dire ce que vous voulez. Eh bien pas du tout ! Ils s'en foutent de vos droits d'auteur, ils n'en font qu'à leur tête. Non, croyez-moi, laissez tomber les personnages et écrivez tout ce qui vous passe par la tête. Ne vous laissez pas mener par le bout du nez par ces petits monstres.

Tiens, Blousie et Siboule sont revenus. En pleine forme, on dirait.

bonhomme.jpg

Prix Nobel de gastronomie

Eboulis nuit, fréquence phare, bonsoir.

La célèbre restauratrice drômoise Awa Salimata Keur vient de recevoir le prix Nobel de gastronomie. Voici, en direct de Stockholm, notre correspondante : Bonsoir Siboule. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur le prix Nobel 2011 de gastronomie ?
Tout-à-fait Blousie et bonsoir !...
Oui, Siboule, nous vous écoutons.
Alors justement, Awa Salimata Keur est à côté de moi. Awa Salimata, bonsoir, pouvez-vous dévoiler, pour les noctambules gourmands d'Eboulis nuit, la recette qui vous a valu ce Nobel ?

Bonsoir. Je suppose que vous faites allusion à la Salade aux poires, ananas et citron vert que j'ai appelée Nos belles salades en me disant que peut-être, un jour... Alors, c'est très simple : Dans un saladier, vous coupez des quartiers de poires et des tranches d'ananas en morceaux. Vous ajoutez un jus de citron vert, du gingembre en poudre, du poivre moulu et très peu de sel. Vous mélangez. Vous ajoutez un petit oignon émincé très fin et des morceaux de tomates de fin de saison, du jardin bien sûr et pas tout-à-fait mures. Vous mélangez. Vous mettez par-dessus de jolies feuilles de salade et un filet d'huile d'olive. Si les feuilles de salade sont trop grandes vous les recoupez délicatement. Ensuite, vous mélangez bien le tout, vous attendez quelques minutes et vous servez. Voilà.

Mais alors, c'est hyper simple !!!... Merci Awa Salimata Keur pour cette exclusivité.

Mais je vous en prie.

Ah ! encore une petite question : Que pensez-vous des produits locaux et des circuits courts ?

J'utilise avec plaisir les produits locaux et régionaux, fruits et légumes, pintadeau de la Drôme, huile d'olive de Nyons, picodon, ail, herbes aromatiques, vins de Côtes du Rhône. Mais je pense également que notre monde a besoin de diversité et d'échanges. Je ne crois pas que nous devrions boire seulement de l'Hermitage ou du Cornas en Drôme Ardèche, tandis que les gens du Sud-ouest se contenteraient de Bergerac ou de St Emilion.

Merci beaucoup Awa Salimata Keur. Régalez-vous chers noctamboulis. Pour faire court si le cœur vous en dit, vous pourrez toujours préparer une Salade drômoise en supprimant l'ananas, le citron, les épices, le thé, le café, le chocolat, le riz thaï et basmati, les poissons de mers et d'océans, le sucre de canne, le rhum, le whisky...

Oui, merci Siboule, ici le studio. Eboulis pour la nuit, faites de beaux rêves.

En attendant la catastrophe (II)

chat_2.jpg

Vous savez pourquoi le chat, ce petit fauve, passe tant de temps à dormir ? Très simple, il interroge ses rêves pour répondre à la question : qu'est-ce qu'il vaut mieux faire dans la vie, chasser la minette ou la souris ? Preuve supplémentaire qu'on passe son temps à se poser des questions idiotes : il est déjà gavé de Terrine gourmande, le chat, qu'aurait-il à gagner à attendre pendant des heures qu'une souris passe à portée de patte ?

J'entends dire, ici et là, qu'on fonce droit dans le mur, mais se convaincre à tout bout de champ que c'est la catastrophe, n'est-ce pas favoriser son irruption ? En même temps, peut-être simplement exprime-t-on de manière confuse son malaise, cette impatience à vouloir que ça change, donc que le temps passe plus vite, ce qui revient à souhaiter en même temps sa vie et sa mort. La catastrophe, c'est alors tous ces disparus, nos proches, et les autres, et nous, soi, moi. Alors on retient son souffle, on attend la catastrophe en apnée. Mais au bout d'un moment, il faut bien aller pisser, manger, boire, dormir...

C'est alors que le chat s'éveille, s'étire, baille, fait un petit miaou silencieux (cela s'appelle avaler le miaou), mange un coup (pas fou) et part dans la nuit. Pour le moment, tout est possible. Au petit jour, de la souris ou de la minette ou rien, juste des mauvais coups, il saura. Pour l'instant, d'un pas léger et silencieux, il attend entre 2 rêves, il attend de savoir ce qui va lui arriver.

En attendant la catastrophe qui ne vient pas... il faut bien continuer de vivre. Ici ou ailleurs, les autres c'est si loin. Autrefois n'en parlons pas. Pourtant, la catastrophe, on patauge dedans. Bien sûr, maintenant on ne sait plus quoi faire : c'est trop tard, il fallait y penser avant. Indochine, Vietnam, Irak, par exemple, une magnifique fabrique de terrorisme, une usine à guerre. Parmi toutes les autres. Comme si le monde entier n'était plus qu'une vaste société financière à destruction massive.

eboulis.jpg
Une histoire d'éboulis ruines.

L'Histoire, quelle histoire ? Aucun souvenir. Mort de trouille au fond de mon trou, c'est quoi mon humanité quand je n'ai plus aucune exigence ? En ce qui me concerne individuellement, ce serait quoi mon humanité retrouvée ?

En attendant... Mais l'avenir est imprévisible, pourquoi tenter de le prévoir ? Ce sentiment de catastrophe imminente, ne serait-il pas plutôt la fièvre d'une intuition ? Une impression cristallisée sur des informations brusquement rassemblées, qui font pressentir que l'enchaînement habituel des causes et des effets a disparu là, sur un hoquet de l'Histoire. Silence. Attente. Une faille dans l'espace-temps est ouverte, tout est possible : les petits cochons seront-ils mangés par le grand méchant loup ou bien ?

Alors t'es là, toi. Et t'as faim ! T'as encore chassé les minettes au lieu de m'attraper les souris. Le chat me regarde, il attend. Tu ne crois pas que tu exagères ? Manifestement non, il ne croit pas.

En attendant la catastrophe (I)

Le vent s'avançait en hurlant à la mort et en sifflant entre les maisons; il envahissait les rues désertées. La ville hibernait, comme dans l'attente immobile d'une épidémie. Les gens se cloîtraient à l'intérieur. Ils fermaient les portes, les fenêtres, tiraient les rideaux en espérant que, bientôt, la vague de froid prendrait fin. Arnaldur Indridason, Hiver arctique.

En attendant la catastrophe... Je ne sais plus si je la redoute ou si je la souhaite. Héritage culturel de la chute, du paradis escamoté ? Crainte de ce qui semble inéluctable ? Désir d'en finir une fois pour toutes avec toutes ces conneries ? Rêve de perfection, ça sera mieux après ? Insatisfaction profonde ?

Arrêt sur image, inaction totale, l'œil du cyclone.

attente.jpg
En attendant la catastrophe...

Tiens, voilà Sophie qui revient... voyons ce qu'elle va nous dire.

Trains du soir, espoir

Kelefa Ba - Jali Nyama Suso (et Alfa Yaya - Abdouli e Samba)

Cette superbe musique mandingue m'emporte à travers l'espace et le temps.

D'abord, j'ai vu une petite fille. Elle est seule, dans une gare, le soir. Une gare des années 1950 en Belgique.

C'est une petite fille en robe bleue à dentelles blanches. La petite fille en robe bleue à dentelles blanches semble écouter les conversations silencieuses, qui s'échangent au long des fils électriques. Suspendus à des centaines de points blancs répartis en 3 écrans carrés, les fils traversent 3 tableaux au sommet des poteaux. Mais elle regarde vers la lumière blafarde, au-delà de la barrière, qui l'empêche d'aller plus loin, sur le quai de la gare, vers cette lueur. Ce n'est pas ce fragile croissant de Lune, accroché au ciel nocturne au-dessus des wagons. C'est une lumière mystérieuse, dans un lointain occulté par les trains. Des trains de nuit en attente à quais, déserts, dans la ville endormie. Des trains en attente, un peu plus loin, presque déjà partis : 2 trains immobilisés par 4 lanternes rouges, 3 disques rouges d'un côté, 1 de l'autre. Une indication précise : 1 - 8 - 57. Trop tard, semblent dire la main gauche et le bras légèrement plié de la petite fille en robe bleue à dentelles blanches. Elle est seule dans la nuit. (Le roman du fragmeur).

A présent, la petite fille est montée dans un train. Elle est partie dans la nuit, emportée par cette musique lancinante. Ensuite, j'entends une musique de mon enfance, la musique des rails : ta-ca-tac...ta-ca-tac...ta-ca-tac... Le paysage défile derrière la vitre. A chaque arrêt, à chaque nouveau départ je m'éloigne un peu plus de mon passé.

C'est vers l'avenir que vole cette petite fille en rêve de nuit, vers l'inconnu, mystérieux, effrayant, excitant. Par magie, tout est possible. Au petit jour, elle ira vers la lumière. Elle va trouver ce qu'elle espère.

ombre.jpg

La vie passe, je monte, je descends et je ne sais toujours pas où m'emportent ces Trains du soir. Quand je regarde par la fenêtre, la cour d'école est déserte : tous les enfants ont disparu depuis longtemps.

Les ombres de l'absence

Music is the healing force of the universe
Albert Ayler, Nuits De La Fondation Maeght 1970

Une cour d'école le jour de la rentrée. Vide. Devant la porte, l'institutrice. Elle regarde le vide, puis la feuille de papier devant son nez, puis, baissant la main, elle regarde à nouveau le vide. Finalement elle se décide à lire sa liste. Entre chaque nom, une pause, un regard perplexe vers la cour. Ce regard ne voit rien, il dit seulement : Mais où sont passés mes élèves ? Puis : N'est-ce pas la rentrée aujourd'hui ? Puis : Je suis folle.

Vous n'allez pas le croire : je ne sais pas où sont passés mes personnages. Rien à faire, j'ai déjà appelé : Jicook... Jokico... Jaume... Sophie... Blousie... Ils ne répondent pas.

Ah ! j'ai une idée, la correspondante d'Eboulis nuit saura bien les trouver, ces petits emmerdeurs : Siboule, vous m'entendez ?... Allez Siboule... Elle non plus. Ou elle aussi.

Tous mes personnages ont disparu, voilà pourquoi vous lisez un billet Coucou c'est moi. Pas de fiction pour aujourd'hui, tant pis. On est tout seul et on écoute le dernier souffle d'Albert Ayler. Tout le monde autour de nous a disparu. Fin d'été, ce qui fut n'est plus. Absence, présence, juste des souvenirs en ombre chinoise. Et cette musique réconfortante, cette force universelle qui guérit vos blessures.

absence.jpg
Les ombres de l'absence.

Chien de nuit

Il m'est arrivé une drôle d'aventure l'autre soir du côté de l'église. C'est une ravissante église médiévale, curieusement située au sommet d'un promontoire. Comme un phare attirant les navires vers le port, elle guidait peut-être les pêcheurs vers la lumière. Tout de suite en arrivant, j'ai trouvé étrange cette lumière du jour qui tombait sur les pierres avant que la nuit se lève.

eglise-1.jpg
L'église au sommet de la colline

Alors que le soir étendait son voile de sommeil sur la vallée, l'idée m'est venue de profiter de ces instants en ce lieu, en tentant une expérience de réalité : j'allais m'asseoir dans l'herbe en contre bas et observer vraiment.

Je sentais un léger inconfort dû à ma position, la tiédeur du soir, des odeurs que je ne cherchais ni à définir, ni à retenir, pas plus que mes pensées fugitives. Les bruits de la vallée me donnaient une profonde impression de réalité : j'étais là, admirant la petite église sans m'y attacher, voyant les collines boisées, entendant les bruits du soir, ressentant parfois des coulées d'air frais, l'esprit en roue libre, tandis que, d'instants en moments incertains, le ciel s'assombrissait sans étoiles ni lune.

Combien d'espaces temps avais-je parcouru ainsi, à tenter d'être-là, au plus près du réel ? A présent, si je puis dire, l'église se détachait sur fond de ciel nocturne, éclairée par une curieuse lumière venue on ne sait comment du couchant.

C'est alors que surgit la bête, qui traversa l'espace au-dessus de l'église en un vol si rapide que je me demandais si je n'avais pas rêvé. Mais je l'avais bien vue, d'abord ici, puis là.

eglise-2.jpg
Le vol de la bête au crépuscule

Un chien de nuit pensais-je de façon absurde et très naturelle. Un chien ?

Mais plutôt que de me plonger dans mes pensées, je préférai lâcher prise et revenir à la réalité du moment. Je bougeai légèrement pour soulager mes fesses endolories par la position assise dans le pré en pente douce, j'écoutais la nuit au-delà du chant liquide du rossignol et je regardais. Et ce que je voyais au-dessus du choeur me glaça d'effroi : le chien du voisin !

eglise-3.jpg
Chien de nuit au-dessus de l'église

Vous pensez bien, tirée brusquement du réel, j'étais bien obligée de penser ! Et l'idée m'est venue alors : le chien du voisin a foutu le camp.

Le chien resta là immobile, chien d'arrêt devant la bête, cachée dans le clocher, prostrée au fond de l'église, terrée entre les tombes du cimetière que je savais derrière l'église. Quel au-delà du réel voyait-il que je ne voyais pas ? attendait-il un ordre de son maître ?

Etait-ce moi le chasseur ?

Comme je ne pouvais plus sortir de mes pensées et que la réalité s'en était allée dans les profondeurs de la nuit, je décidais de rentrer à la maison. Et quelle ne fut pas ma surprise en passant devant la ferme du voisin, quand je vis, attaché à sa longe, le chien qui dormait. Il ne bougea même pas une oreille à mon passage. Incroyable.

Heureusement, j'avais eu le réflexe de prendre une photo du chien dans le ciel nocturne. Je suis donc allée vérifier sur mon ordi. Mais la photo ne révélait rien, aucune fantasmagorie : l'apparition avait disparu. Par dépit, je cherchais des orbes, mais rien. Evidemment.

eglise-4.jpg
Grand ciel vide, derrière l'église, sur la colline, la nuit.

- page 1 de 5