Jardin de pierres

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Filo Sophie

Un personnage tente d'exprimer une opinion cohérente, indépendamment de toute Vérité (vérité platonicienne, vraie ou fausse).

Dans une démocratie, les citoyens sont appelés à voter. Chaque voix compte à égalité pour aboutir à une élection (quelqu'un est élu pour un certain temps). Chaque citoyen a une opinion, c'est-à-dire qu'il se fait une idée de la société dans laquelle il vit, même s'il peut arriver qu'il ne sache pas pour qui voter. Il n'a pas forcément d'opinion personnelle, mais c'est tout de même son opinion, à égalité avec celle de son voisin, de sa voisine.

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Mythologies familiales

Je suis allée voir La Grande famille des hommes au Musée d'art moderne de la ville de Paris (à voir absolument, d'ici fin février). Parmi les 503 photographies présentées, celles de Thomas Antonioni dans les parcs et jardins de Londres m'ont tout de suite attirée. En particulier je fus très intriguée par la série Mythologies familiales : Distraitement, j'ai d'abord pensé que les photos avaient été prises à différentes époques. Puis, lorsque j'ai réalisé qu'il n'y avait qu'un seul cliché je me suis mise à pleurer, submergée d'émotion.

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Mythologies familiales, photographie de Thomas Antonioni

Je voyais une famille au destin tragique pour ce rouge, une famille de musiciens pour cet or, une famille de contestataires pour ce vert. Chaque famille s'invente une mythologie, qui permet à chacun de renouveler, au fil des fêtes, son sentiment d'appartenance, bercé par la petite musique verte, dorée ou rouge. C'est oublier les autres couleurs de la famille, celles qu'on n'a pas sélectionnées : tous les membres de la famille ne sont pas doués pour la musique, n'ont pas cumulé les tragédies ou ne sont pas révoltés.

Prenant un peu de recul, mais toujours fascinée par la composition, je me disais Tu délires : ce ne sont qu'arbres et arbustes, feuillages d'automne. Tu vois ce que tu vois, il n'y a rien au-delà des apparences. Bien sûr, dans la vie de tous les jours, comme on imagine sa famille on invente l'autre, qui est ceci ou cela, chacun raconte son histoire sur les autres. Mais je me demandais également si écrire un texte, composer une musique ou faire une photo, ce n'était pas contempler ses propres idées.

Alors, auteur ou interprète, comment retrouver un peu de liberté quand on est prisonnier de ses idées ou de ses interprétations, enfermé dans sa famille, dépendant de son conjoint ou de ses enfants ?

Est-ce qu'on est plus libre quand on élargit le cadre avec plus de couleurs ? Est-ce qu'on a plus de liberté avec un peu plus de fraternité ?

Requiem de Mozart

Régalez-vous braves gens

Conte maliféérique pour temps d'après, par l'allumeur de rêves barbares

Grâce aux pubs et à leurs sales couleurs de notre temps, on peut voir la vraie nature de nos aliments. Mais la mort n'est pas à craindre, régalez-vous braves gens, c'est beau, c'est bon et c'est pas cher. Allumez vos bougies et faites vos prières.

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Régal gourmand - collage décembre 2011, Jacques Bouchut

Vous avez un petit poids sur l'estomac ? un léger mal au coeur ? une petite sueur ? Pas grave, juste une indigestion, vous passez l'année à gauche. A votre santé, mangez, dormez, et ....

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Fêtes de beaux rêves - collage décembre 2011, Jacques Bouchut

Conseil présocratique : quand vous reviendrez sur terre, pensez à boire de l'eau, à changer d'air et à vous tenir au chaud.

Fêtes lumineuses pour temps sombres

Il me semble que les 4 saisons, définies par la position de la Terre sur sa trajectoire autour du soleil, ne correspondent qu'approximativement à la réalité : A l'arrivée du printemps, le 20 mars, la nature est réveillée depuis longtemps la plupart du temps. Le début de l'été et de l'automne sont aussi peu significatifs. Pourtant, au fil du temps solstices et équinoxes ont marqué l'imaginaire.

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Montagne magique au solstice d'hiver
Photo Marie Josèphe Moncorgé, 22/12/2011


Jusqu'au 16e siècle, les pays scandinaves, l'Islande et l'Italie ont fêté le solstice d'hiver avec Ste Lucie (Lux la lumière). Avant la chrétienté qui a longtemps préféré Pâques à Noël, les romains célébraient le solstice d'hiver (nuit la plus longue). Les Saturnales inversaient l'ordre des choses (comme Carnaval) et les esclaves jouissaient pour quelques jours d'une apparente liberté. Les celtes fêtaient Samain, le début de l'année et le début de la saison sombre.

Au théâtre et au cinéma, c'est seulement dans l'obscurité que la magie du spectacle peut se produire. Alors, le projecteur anime l'écran, le spot réveille l'acteur et vous plongez avec délices dans un monde parallèle. Ainsi, la nuit la plus longue, entre le 20 et le 23 décembre selon l'année, me semble hautement symbolique, en ces temps de retour en force de l'obscurantisme. Une Fête de la Lumière ce jour-là serait très métaphorique de l'énorme travail qui reste à faire, pour ceux qui rêvent encore d'une écologie de l'être humain, l'homme et la femme parmi les autres habitants de notre planète bleue.

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Fêtes lumineuses pour temps sombres
Gribouillages décembre 2011, Jacques Bouchut


Ensuite, j'ai beau chercher, je ne trouve pas de fête profane qui impose son calendrier. Mais je suis d'accord pour multiplier les fêtes arbitraires : fête du livre ouvert, fête de la musique enchantée, fête de la peinture et de l'architecture, fête de la danse endiablée, fête de la lune et des étoiles, fête de l'Europe philanthrope, fête de l'étrange étranger, fête de la mer et des poissons, fête du ciel des nuages et des oiseaux, fête de la forêt des mousses et des lichens, fête des montagnes enneigées, fête des lacs et des rivières, fête des glaces et des glaciers, fête de l'exquise banquise, fête de l'an nouveau.

Exactement, le rite convivial du nouvel an est non seulement très jouissif (pour ceux qui ont envie de se réjouir), mais il permet également d'entamer chaque année comme une nouvelle vie. Fêter le nouvel an est un acte symbolique puissant, qui augmente vos chances de changement (si vous avez envie de changer quelque chose dans vos mauvaises manières). C'est aussi une belle fête humaniste quand on aime la compagnie des autres.

Et Noël alors, et les enfants, et les cadeaux ? C'est vrai que (je crois que) échanger des cadeaux une fois par an, voir briller les yeux des enfants, c'est un plaisir qu'on aurait bien tort de sacrifier sur l'autel de Mars et Jupiter. D'autant qu'on peut faire de super cadeaux qui ne coûtent pas cher, juste d'y penser et de se donner le temps de les inventer.

Alors puisque nombreux sont les gourmands, et pas que les enfants, je propose de remplacer Noël par la fête de la gastronomie. Et pour augmenter les chances de réussite, je propose de profiter de l'été : le 14 juillet, en remplacement de cette fête nationaliste complètement obsolète. Ou plus convivial, pourquoi pas le jour le plus long, pour que ce soit encore plus rigolo ? Le 21 juin, début de l'été dans l'hémisphère nord. Et en avant la musique !

En attendant 2000 ans que le monde bouge, frères humains qui n'allez plus à la messe, bienvenue en Europe médiévale chrétienne : tout au long de l'année, vous fêtez la mort et la résurrection du Christ, sa montée au ciel, le Saint-Esprit, la Vierge Marie, les saints du paradis et pour finir la naissance du petit Jésus. Nombre de mariages et d'enterrements passent par l'église, même s'il faut aller chercher le curé en Afrique. Et comme au Moyen Age, vous avez de la chance si vous ne faites pas partie des miséreux abonnés aux jours maigres. Sacré recyclage.

Enfin, chacun est libre d'adopter le calendrier liturgique de sa communauté religieuse. Pour moi, c'est terminé depuis longtemps. Aucune pitié de vous pauvres, merci. Surtout si en plus vous ajoutez la fête des mères et des pères. Pas de cadeau non plus pour la fête du travail (d'accord pour les congés payés). Et quoi ? la fin de 2 guerres et la prise de la Bastille ? Vous avez le coeur endurci.

En attendant la catastrophe (II)

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Vous savez pourquoi le chat, ce petit fauve, passe tant de temps à dormir ? Très simple, il interroge ses rêves pour répondre à la question : qu'est-ce qu'il vaut mieux faire dans la vie, chasser la minette ou la souris ? Preuve supplémentaire qu'on passe son temps à se poser des questions idiotes : il est déjà gavé de Terrine gourmande, le chat, qu'aurait-il à gagner à attendre pendant des heures qu'une souris passe à portée de patte ?

J'entends dire, ici et là, qu'on fonce droit dans le mur, mais se convaincre à tout bout de champ que c'est la catastrophe, n'est-ce pas favoriser son irruption ? En même temps, peut-être simplement exprime-t-on de manière confuse son malaise, cette impatience à vouloir que ça change, donc que le temps passe plus vite, ce qui revient à souhaiter en même temps sa vie et sa mort. La catastrophe, c'est alors tous ces disparus, nos proches, et les autres, et nous, soi, moi. Alors on retient son souffle, on attend la catastrophe en apnée. Mais au bout d'un moment, il faut bien aller pisser, manger, boire, dormir...

C'est alors que le chat s'éveille, s'étire, baille, fait un petit miaou silencieux (cela s'appelle avaler le miaou), mange un coup (pas fou) et part dans la nuit. Pour le moment, tout est possible. Au petit jour, de la souris ou de la minette ou rien, juste des mauvais coups, il saura. Pour l'instant, d'un pas léger et silencieux, il attend entre 2 rêves, il attend de savoir ce qui va lui arriver.

En attendant la catastrophe qui ne vient pas... il faut bien continuer de vivre. Ici ou ailleurs, les autres c'est si loin. Autrefois n'en parlons pas. Pourtant, la catastrophe, on patauge dedans. Bien sûr, maintenant on ne sait plus quoi faire : c'est trop tard, il fallait y penser avant. Indochine, Vietnam, Irak, par exemple, une magnifique fabrique de terrorisme, une usine à guerre. Parmi toutes les autres. Comme si le monde entier n'était plus qu'une vaste société financière à destruction massive.

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Une histoire d'éboulis ruines.

L'Histoire, quelle histoire ? Aucun souvenir. Mort de trouille au fond de mon trou, c'est quoi mon humanité quand je n'ai plus aucune exigence ? En ce qui me concerne individuellement, ce serait quoi mon humanité retrouvée ?

En attendant... Mais l'avenir est imprévisible, pourquoi tenter de le prévoir ? Ce sentiment de catastrophe imminente, ne serait-il pas plutôt la fièvre d'une intuition ? Une impression cristallisée sur des informations brusquement rassemblées, qui font pressentir que l'enchaînement habituel des causes et des effets a disparu là, sur un hoquet de l'Histoire. Silence. Attente. Une faille dans l'espace-temps est ouverte, tout est possible : les petits cochons seront-ils mangés par le grand méchant loup ou bien ?

Alors t'es là, toi. Et t'as faim ! T'as encore chassé les minettes au lieu de m'attraper les souris. Le chat me regarde, il attend. Tu ne crois pas que tu exagères ? Manifestement non, il ne croit pas.

Chien de nuit

Il m'est arrivé une drôle d'aventure l'autre soir du côté de l'église. C'est une ravissante église médiévale, curieusement située au sommet d'un promontoire. Comme un phare attirant les navires vers le port, elle guidait peut-être les pêcheurs vers la lumière. Tout de suite en arrivant, j'ai trouvé étrange cette lumière du jour qui tombait sur les pierres avant que la nuit se lève.

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L'église au sommet de la colline

Alors que le soir étendait son voile de sommeil sur la vallée, l'idée m'est venue de profiter de ces instants en ce lieu, en tentant une expérience de réalité : j'allais m'asseoir dans l'herbe en contre bas et observer vraiment.

Je sentais un léger inconfort dû à ma position, la tiédeur du soir, des odeurs que je ne cherchais ni à définir, ni à retenir, pas plus que mes pensées fugitives. Les bruits de la vallée me donnaient une profonde impression de réalité : j'étais là, admirant la petite église sans m'y attacher, voyant les collines boisées, entendant les bruits du soir, ressentant parfois des coulées d'air frais, l'esprit en roue libre, tandis que, d'instants en moments incertains, le ciel s'assombrissait sans étoiles ni lune.

Combien d'espaces temps avais-je parcouru ainsi, à tenter d'être-là, au plus près du réel ? A présent, si je puis dire, l'église se détachait sur fond de ciel nocturne, éclairée par une curieuse lumière venue on ne sait comment du couchant.

C'est alors que surgit la bête, qui traversa l'espace au-dessus de l'église en un vol si rapide que je me demandais si je n'avais pas rêvé. Mais je l'avais bien vue, d'abord ici, puis là.

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Le vol de la bête au crépuscule

Un chien de nuit pensais-je de façon absurde et très naturelle. Un chien ?

Mais plutôt que de me plonger dans mes pensées, je préférai lâcher prise et revenir à la réalité du moment. Je bougeai légèrement pour soulager mes fesses endolories par la position assise dans le pré en pente douce, j'écoutais la nuit au-delà du chant liquide du rossignol et je regardais. Et ce que je voyais au-dessus du choeur me glaça d'effroi : le chien du voisin !

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Chien de nuit au-dessus de l'église

Vous pensez bien, tirée brusquement du réel, j'étais bien obligée de penser ! Et l'idée m'est venue alors : le chien du voisin a foutu le camp.

Le chien resta là immobile, chien d'arrêt devant la bête, cachée dans le clocher, prostrée au fond de l'église, terrée entre les tombes du cimetière que je savais derrière l'église. Quel au-delà du réel voyait-il que je ne voyais pas ? attendait-il un ordre de son maître ?

Etait-ce moi le chasseur ?

Comme je ne pouvais plus sortir de mes pensées et que la réalité s'en était allée dans les profondeurs de la nuit, je décidais de rentrer à la maison. Et quelle ne fut pas ma surprise en passant devant la ferme du voisin, quand je vis, attaché à sa longe, le chien qui dormait. Il ne bougea même pas une oreille à mon passage. Incroyable.

Heureusement, j'avais eu le réflexe de prendre une photo du chien dans le ciel nocturne. Je suis donc allée vérifier sur mon ordi. Mais la photo ne révélait rien, aucune fantasmagorie : l'apparition avait disparu. Par dépit, je cherchais des orbes, mais rien. Evidemment.

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Grand ciel vide, derrière l'église, sur la colline, la nuit.

La morale le-rale-le-rale s'en allait tout simplement

Quand on voit ce qu'on voit et qu'on entend ce qu'on entend, on se dit que tout fout le camp, y a plus de morale. D'ailleurs, par les temps qui courent, plus personne n'a le moral. C'est bien la preuve !

Hier soir chez des amis, au cours d'un repas déstructuré comme il se doit en ces temps de cuisine moléculaire, l'actualité mondialisée a été commentée : la crise financière du pipi de chat de gouttière, les irradiés de Fuku tout le monde s'en fout, massacrés en Libye, en Syrie, hommes, femmes, enfants, où est le problème ? Ah bien sûr, la morale ça change tout : ça remonte le moral. Avec un million, vous êtes libéré sous caution. Sinon vous restez en prison. Très choquant, n'est-ce pas ?

Ce matin je pense à Montesquieu : Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais : Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres.

Effectivement, nous sommes bien obligés de produire de l'électricité nucléaire, quitte à empoisonner la Terre pour des milliers d'années, au risque, plus que probable, d'irradier des populations en cas d'accident grave, nous n'avons tout simplement pas le choix ! C'est plus qu'un droit, c'est un devoir. De toute façon, nous ne sommes pas fous comme à Fuku, en cas de problème nous déplacerions ces populations à plus de 100 km du réacteur en feu. Et je dirais même plus, 200 km dans le sens du vent s'il le faut, selon la Météo. Question d'humanité.

Effectivement, il faut bien vendre des armes, soutenir des dictatures, expulser des immigrés (pas tous, seulement les clandestins, nous sommes humains tout de même), enrichir les riches, les pauvres vous n'y pensez pas : ils sont bien trop nombreux et, en ces temps de restriction budgétaire, nous faisons la chasse au gaspillage. D'ailleurs, faites le calcul : une fortune de 500 millions d'euros, redistribuée à 10 millions de personnes, ça ne fait jamais que 50 euros par personne, même pas un plein d'essence ! Et puis un million, c'est vite perdu en bourse, il faut avoir les reins solides.

La critique est facile, mais vous avez des solutions, vous, pour lutter contre la mondialisation ? Pour payer des salaires une entreprise doit faire des affaires, du chiffre d'affaires et des bénéfices, il faut rémunérer les actionnaires sinon elle disparaît, c'est ça que vous voulez ? Vous voyez comme c'est difficile à notre époque, même en pillant la planète, même en encaissant les bénéfices et en refacturant les pertes au contribuable, les financiers ne s'en sortent pas. Et puis, soyons réalistes, tous ces gens à la rue, ils l'ont bien cherché : dans notre société tout le monde a sa chance, il faut la saisir. Bon d'accord, l'ascenseur social monte et descend, à vous de choisir. Quant à ces femmes abusées, il n'y a pas mort d'homme, non plus. Relaxe, ce sont des hommes que diable, il faut bien s'amuser quand on a des responsabilités.

Et la première des responsabilités c'est l'action : faire quelque chose pour faire avancer les choses, transformer la matière en énergie, l'énergie en richesses, les richesses en bonheur, il faut pouvoir, il faut vouloir. Voilà, c'est dit, c'est la vie. Qui ne risque rien n'a rien, que les meilleurs gagnent. Vous êtes bien d'accord avec moi ?

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Signes noirs, gribouillage mai 2011, Jacques Bouchut

Comme je sens que vous vous énervez, vous êtes fatigués, exaspérés, pour avancer un peu je vous pose la question : Aujourd'hui, en 2011, qu'est-ce qui est humain, qu'est-ce qui est inhumain ? Un jour où l'autre il faudra bien répondre, avant que d'autres, très mal intentionnés, reviennent nous casser les pieds avec leur morale hypocrite. Il faudra bien définir concrètement l'inacceptable, c'est-à-dire ce que l'on refuse absolument grâce à la loi, par l'exercice de la justice, pour que chaque être humain puisse vivre.

En effet, pour un humain, vivre dignement, vivre humainement, c'est vivre, tout simplement.

Au rond-point ne continuez pas tout droit

Tout comme vous probablement, j'ai vu des gens vieillir et mourir. Autour de moi, dans mon entourage, famille, amis. J'ai vu également d'autres gens naître et grandir. Bébé, enfant, adolescent ... N'ayant pas observé l'autre sens, mourir, vieillir, grandir, naître, j'en ai déduit que nous naissons, grandissons, vieillissons et mourissons, nous êtres humains. Comme pour vous probablement, s'est imposée à mon esprit l'impossibilité de remonter le temps, de revenir en arrière : comme l'eau de la rivière, la vie s'écoule dans le même sens, de notre naissance à notre mort, impossible de recommencer, c'est la vie !

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Flèche du temps, collage décembre 2010, Jacques Bouchut

Et pourtant elle tourne ! La Terre tourne sur elle-même et autour du soleil, chaque jour, chaque année, mouvement régulier, toujours pareil. Les jours se suivent, les saisons reviennent, les années recommencent. Les matins de ciel clair, je peux voir la lente oscillation du soleil levant, qui monte au fil des jours et dégringole le long de la ligne de crête des collines, en face de chez moi.

Ainsi il y a une vie linéaire, toujours dans le même sens au fil du temps, et une vie cyclique, ça recommence, jour et nuit, hiver printemps été automne.

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Illimitée, collage décembre 2010, Jacques Bouchut

Cependant vu d'ici c'est tout différent, d'un jour à l'autre, d'une saison à l'autre, au fil des années ... La belle mécanique horlogère fonctionne dans l'Univers mais pas sur Terre ! Au regard des jours qui grandissent, on peut se dire que l'hiver recommence une nouvelle année. D'un solstice à l'autre, du jour le plus court au jour le plus long, la grossesse hiver prépare la naissance du bébé printemps. Après, c'est la dégringolade des jours, été automne, maturité, vieillesse ... mort. Mais tout semble si différent, tout change si vite.

Alors chaque année on fait semblant de croire que tout peut recommencer à zéro ou que ça sera mieux l'année prochaine. Et on se souhaite avec enthousiasme une bonne et heureuse année. Après tout, au rond point suivant, au lieu de tourner en rond comme un idiot, qu'est-ce qui m'empêche de changer de route, de commencer autre chose, de continuer d'avancer d'une autre manière ?

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Bonne année 2011 ! collage décembre 2010, Jacques Bouchut

Rêve de gosse

En voyant tous ces jouets aux vitrines des magasins, je me demandais : A quoi rêve un gosse quand arrive Noël ? Vous me direz peut-être : ça dépend. Alors je vous pose la question : Qu'est-ce qui vous a permis d'avoir des rêves de gosse ?

Silence et perplexité, évidemment.

Alors je précise : Qu'est-ce qui vous a permis de vivre votre vie d'enfant sans y penser, sans vous inquiéter ? Aller à l'école, jouer avec les autres, rire et pleurer, vouloir être grand afin de faire ce que vous vouliez, sans avoir les parents sur le dos (qui disent fais pas ci fais pas ça). Sur quoi pouviez-vous compter absolument, sans même y penser ? Comme le jour et la nuit, le soleil et la pluie, la Lune qui tourne autour de la Terre et la Terre autour du soleil, même si c'est tout le contraire que vous constatiez (comme tout le monde) : le soleil qui se lève à l'Est le matin et se couche à l'Ouest le soir.

Je ne sais pas pour vous (évidemment), mais pour moi le monde se serait effondré si je n'avais pas eu quelque part où aller, si après l'école, après avoir joué, je n'avais pas pu rentrer à la maison, retrouver ce lieu particulier qui existe même quand on n'y pense pas, qu'on soit à l'école ou à la maison.

Est-ce qu'on peut vivre sa vie d'enfant, sa vie d'adulte, si on ne peut pas compter sur ce lieu magique ou si ce lieu n'a jamais existé ou n'existe plus ? Quelle que soit sa nature, maison, appartement, caravane, mobile home, tente nomade dans certains pays ... mais certainement pas centre d'hébergement, asile de nuit, refuge !

Même les lapins ont un terrier, est-ce que chaque être humain n'a pas le droit inaliénable d'avoir son chez-soi ? La possibilité sans y penser, sans s'inquiéter, chaque jour et chaque nuit, de rentrer à la maison, à tout moment d'être chez soi comme bon nous semble. Pas simplement un logement et surtout pas provisoire ou temporaire.

Est-ce que chaque être humain en société, c'est-à-dire depuis au moins 10 000 ans ce n'est pas rien, n'a pas le droit inaliénable d'appartenir à sa société ? Cet enfant français qui rêve d'autre chose, qui voudrait bien avoir ceci ou cela, qui est joyeux ou en colère, ça dépend des moments, qui travaille bien ou pas à l'école, est-ce qu'il doit mériter sa nationalité, la justifier ? Est-ce qu'il pourra rentrer à la maison quand bon lui semble, ou bien si ... et devra s'en aller sinon ? Est-ce qu'il est français si ... et autre chose sinon, selon sa religion, l'origine de ses parents, de ses grands-parents ou de ses ancêtres ?

Je ne sais pas pourquoi je vous embête avec ça, puisque ce gosse n'a nulle part où aller et que c'est pour ça qu'il va partout et n'importe où. A quoi rêve un gosse qui n'a nulle part où aller ?

Vous trouvez ça normal ? 10 000 ans après, c'est vraiment nul ! Non ? Alors je le dis : pour moi ça suffit ! C'est non ! ça fait un non de plus. Et ce n'est pas parce que je suis une fille que ça ne compte pas.

Déclaration trinitaire humanitaire

De cailloux en blaireau, me voici avec ma déclaration trinitaire humanitaire :
1 - Avant les idées, il y a la réalité.
2 - Après la réalité, il y a l'idée qu'on se fait de la réalité.
3 - Toute philosophie est humaniste.

Voilà, maintenant on peut discuter. Liberté, égalité, fraternité, démocratie, tout ce que vous voulez. On agite, on secoue (mais pour ça, rien ne vaut un bon rock) et après on compare le résultat des élucubrations à la réalité, c'est-à-dire à l'individuel, l'unique, la rose du Petit Prince. Quelles sont les conséquences de la belle idée pour chaque être humain ?

Allez, ça roule et ça balance, tu viens beau gosse ? pour danser le rock'n roll il faut être deux (réellement 2 personnes). Au-delà du réel, il faut aussi avoir envie de danser ensemble. Pour moi ce sera une bonne musique, c'est-à-dire une musique qui plaise et à lui et à moi (tout de suite, pas Mozart, ni Chopin). Il y a donc 2 accords à trouver. Pas d'accord, pas de musique. Pas de musique, pas d'accords, pas de danse. C'est comme ça.

Les idées c'est facile, la réalité, beaucoup moins qu'il n'y paraît. Justement une idée me passe par la tête : freedom.

La liberté, c'est hyper simple : je fais ce que je veux ! Toi dégage, casse-toi pauvre con, etc...

Bueno ! Soy libre, allons voir si le vent d'automne a fait tomber les noix.

De toute façon, la liberté c'est encore une idée à la con : vous connaissez quelqu'un en Chine ou ailleurs qui a envie de passer sa vie en prison ? Vive les chaînes, viva las cadenas...

Des carottes et des lapins

Quand je plante des carottes dans mon jardin, ce n'est ni pour le blaireau (gros malin), ni pour les lapins (petits coquins). Voilà pourquoi j'ai enfermé mon jardin potager derrière un grillage. Eh bien ça ne suffit pas ! Le blaireau trouve le moyen de se faufiler.

passage.jpg Pendant ce temps, la nuit, au lieu de chasser les souris, mon chat dort ou chasse les minettes. Pas croyable.

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Loir amoureux du chat

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Chat rêvant de faire un bisou au loir.

Si je me suis réservée les carottes de mon jardin, pour autant je ne supporte pas que des mots comme humanisme, individualisme... soient confisqués, surtout ces deux là.

Nous savons tous que l'humanisme fait habituellement référence à l'Italie de la Renaissance, au droit pour chaque personne d'être respectée. Dès lors, ce mot devrait-il être confisqué, muselé et ligoté ?

A ma connaissance, il n'y a pas de philosophie de lapins pour des lapins. Qui parle et qui écoute ? La philosophie, ce sont des êtres humains qui parlent à d'autres êtres humains, chaque philosophe exprimant ses idées sur l'homme. Il n'y a pas d'un côté des philosophies humanistes et de l'autre des philosophies non humanistes.

D'où ma 3e déclaration :

3 - Toute philosophie est humaniste.

Chaque philosophe a sa définition, par exemple, il y a l'humamat, l'humanisme matérialiste selon Marx, l'humaplat, l'humanisme idéaliste selon Platon, l'humanaris, l'humaniche, l'umanaz (concept meurtrier)...

Territoire de Blaireau Noir

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Savane africaine - Tanzanie - Juillet 2010

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Forêt en Amazonie - Brésil - Août 2010

Voilà 2 idées parmi d'autres, la savane africaine, la forêt en Amazonie. En réalité, ce sont 2 extraits de photos prises en France, chez moi : des herbes sèches au pied de la rocaille et de la mousse sur le bord du bassin.

Sur mon territoire, il y a autre chose : moi, le sanglier, le blaireau et le lapin. N'allez pas croire que chacun vit tout seul dans son coin : je dis le blaireau comme j'aurais dit le corbeau et le renard, pas comme le Petit Prince et sa rose. Donc, il y a des sangliers, des blaireaux, des lapins, des renards, etc... ceci n'est pas un inventaire pour la FRAPNA.

Si j'étais Blaireau Noir ou Lapin Blanc, tout en restant moi-même, je dirais peut-être : Sur mon territoire, il y a une emmerdeuse pas croyable ! Moi. Moi quand j'étais moi avant de devenir blaireau.

En effet, l'hiver dernier, un matin j'ai découvert avec stupeur un chantier pas possible sous mes pruniers sauvages : la terre avait été retournée, une jolie terre noire légère, explosée. Au fond de chaque trou gisait un arum sauvage, dont le bulbe avait été sauvagement décapité et mangé. Furieuse, je pars en chasse le long de la clôture et trouve rapidement un passage qui me laisse perplexe : trop petit pour un sanglier. Alors je me dis : C'est un petit sanglier. Et j'ai longtemps cru que le coupable était une mère sanglier encourageant son petit : Allez mon fils, va bouffer de l'autre côté de la clôture.

Jusqu'au jour où j'ai vu, sur le chemin à l'extérieur de la propriété, un magnifique blaireau. Alors là, j'ai tout compris : le coupable, c'était lui ! Les arums le blaireau, c'est bien plus logique. Mon petit salaud ! Mais en tant que grande lectrice de La Hulotte (n°44 Malfaisants et nuisibles), revue écolo avant l'heure, pour moi le blaireau c'est bien (sous-entendu, même si ce n'est pas dit dans la Hulotte, le sanglier c'est pas bien). Alors, de Ce petit salaud, c'est lui qui a fait tous ces dégâts, je passe à Blaireau Noir dans le champ d'arums Mmm, les délicieux arums que voilà. Et puis plus tard, Blaireau Noir de l'autre côté de la clôture : Quelle emmerdeuse, celle-là. En plus, elle n'en a rien à foutre de tous ces bons arums.

D'où, l'emmerdeuse c'est moi. Parce que j'ai bouché tous les passages, l'un après l'autre, jusqu'à ce que, sangliers, blaireaux, lapins, renards, je ne veux pas le savoir, on-ne-pa-sse-plus ! Sur mon territoire, il y a ma propriété et ailleurs. Débrouillez vous avec ailleurs, les bois, les prés et tout ce que vous voulez.

Voilà comment on se fait des idées justes et des idées fausses, des idées. A part, moi, quelques pruniers, quelques arums, Blaireau Noir que j'ai vu filer, le chemin, la clôture, seules réalités, tout le reste ce ne sont que des idées. Les idées qui me sont venues après avoir constaté un fait : les dégâts sous les pruniers.

D'où ma 2e déclaration :
2 - Après la réalité, il y a l'idée qu'on se fait de la réalité.

Merci Paul Watzlavick. Il y en a encore qui ne font pas la différence entre leurs croyances et la réalité.

Un caillou, des cailloux

L'autre jour, j'étais invitée chez des amis. Devant son jardin de pierres, Bruno m'expliquait comment il avait construit une rivière, des éboulis, la mer et les îles, avec des petits cailloux ronds ramassés en bord de Drôme

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et des pierres érodées par les eaux géologiques trouvées assez haut dans le Vercors.

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C'est alors que survint le reste des convives. Mélanie s'exclama, en découvrant l'attraction du soir : "Oh ! quel beau jardin japonais !" Quelqu'un ajouta : "Tu devrais mettre des bonzaïs." Isabelle, la femme de Bruno, objecta en riant : "Ce n'est pas un jardin, il n'y a pas de fleurs !" Quelqu'un a plaisanté : "Pas de poireaux non plus. Juste un tas de cailloux." D'autres commentaires s'ajoutèrent dans la bonne humeur, définissant une fois pour toutes un jardin.

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Je me suis dit après coup, effectivement c'est bien un tas de cailloux. Encore aurait-il fallu dire : des cailloux arrangés de façon à obtenir un effet, que chaque visiteur peut interpréter à son idée. Ce soir-là, chacun a exprimé sa croyance de ce qu'est ou n'est pas un jardin, persuadé de parler de la réalité. Ce soir-là, pas grave.

La réalité, pour beaucoup de gens en France en 2010, c'est, au choix, les jeunes des banlieues, les immigrés, les roms, etc... etc... la liste est longue, renouvelable, avec beaucoup d'énergie destructrice, la liste est longue des croyances plus ou moins partagées concernant la réalité, la seule réalité : il y a des hommes et des femmes, ayant une existence individuelle, que l'on regroupe sous un vague concept supposé les définir, une généralisation sensée être réelle.

On regroupe avec des mots, des individus, garçons et filles bien réels et bien différents les uns des autres, comme on a regroupé, il n'y a pas si longtemps, des gens dans des camps de concentration, bien réels eux aussi à l'époque.

Ces idées à la con que chacun tient pour la réalité, les jeunes des banlieues, les immigrés, les roms, les juifs, les musulmans, etc... etc... sont ceci ou sont cela ... Eh bien moi, cette soit-disant-réalité, je n'en veux pas ! Petits enfants de Platon, vous êtes libres de penser ce que vous voulez, mais arrêtez de nous casser les pieds.

La réalité, c'est juste des cailloux, différents les uns des autres.

D'où ma déclaration première :

1 - Avant les idées, il y a la réalité.

Pas d'homme, pas d'idée. La réalité de l'homme, c'est d'abord chaque individu, irréductible dans sa singularité, avant toute idée que quelqu'un d'autre pourra, que d'autres pourront se faire de lui ou d'elle. Merci Guillaume d'Ockham.